Société / Pas hors-jeu, les juges

Thierry Nelissen / Dans les démocraties conventionnelles, les institutions fonctionnent sur un délicat équilibre entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Les juges, faillibles, mais aux décisions incontestables quand ont été épuisés tous les degrés de recours, sont des éléments indispensables dans une alchimie un peu utopique, certes, mais qui n’a pas encore trouvé de substitut idéal. On sait bien, pourtant, qu’un mauvais arrangement vaut toujours mieux qu’un bon procès. Ces hommes en robe font toujours un peu peur à qui n’est pas né gorille. Mais de là à vouloir les mettre hors-jeu, il y a un pas que les autres pouvoirs devraient éviter de franchir.

En France, avec sa loi anti-casseurs, l’exécutif a confié au législatif le soin d’autoriser la mise à l’écart d’individus présumés dangereux par simple décision administrative, sans en référer aux magistrats. S’agissant d’une liberté essentielle, celle de circuler sur la voie publique, la manœuvre est excessive.

Au chômage, les magistrats? Parfois, le flux de leurs prétoires se nourrit des boucliers que la loi a prévus. La prescription en est un. Denis Baupin, homme politique français et harceleur en série présumé, avait bénéficié de cette extinction judiciaire. Au lieu de se cacher, il réplique, en attaquant en diffamation des journalistes… et ses victimes présumées. L’effet est dévastateur… pour le plaignant. Quant au juge, qui n’a pas, en principe, à entendre de faits prescrits, ses oreilles bourdonnent des «exploits» de l’outragé. Une vraie gourmandise. Et une grosse responsabilité.