Société / Insectes vénérés

Thierry Nelissen / Il faut redoubler de créativité pour pouvoir aborder, lors d’un dîner en ville ou d’un souper familial, les grands sujets de société sans se faire traiter de décliniste ou de prophète de l’apocalypse. Vade retro, Philippulus!

Aux grandes théories, privilégiez l’aspect pratique ou ludique, ce qui évite d’être taxé de gaucho-bobo-écolo. Par exemple: savez-vous que la survie des morpions est gravement menacée par la mode de l’épilation intégrale? Ce petit pou à l’utilité mal définie, peut servir d’accroche égrillarde. L’oncle Robert, après avoir manqué de s’étrangler, d’une quinte de rire, se ressert une pleine rasade, sensibilisé par la bête. L’insecte est dans la boîte.

Bien ferrer tonton en évoquant son loisir préféré: à quoi reconnaît-on un motard heureux? Au nombre d’insectes écrasés qu’il a sur les dents, pardi! Tonton tousse à nouveau et déglutit. C’est vrai qu’il en a bouffé, des mouches et des moustiques, sur les routes à lacets du pays.

Mais, il en convient, la pitance se tarit. Même sur le pare-chocs de tante Dany, les cadavres d’insectes sont beaucoup moins nombreux. Et pour cause! Une étude récente indique que près de la moitié des espèces, essentielles aux écosystèmes, sont en déclin rapide. L’Europe aurait perdu 80% de ses insectes en moins de trente ans. La faute, notamment, à l’urbanisation et aux insecticides. Les oiseaux ne leur disent pas merci, qui disparaissent par millions.

La situation est gravissime. Et là, même tonton Robert est en mesure de le comprendre.