Société / Abandon de pouvoir

Maurice Magar / La campagne de sensibilisation est devenue l’arme universelle en politique. Parfois, elle fait sens, dans le domaine de la santé notamment. Il est bon de savoir qu’un antibiotique n’est pas la bonne solution contre un banal rhume. Cependant, la multiplication de ces campagnes prend un tournant étrange. Citoyen, évite le plastique! Consomme moins d’eau! Achète bio et local! Roule en électrique! Arrête de fumer! Bois moins d’alcool! On ne peut s’empêcher de penser que l’autorité politique essaie ainsi de se déresponsabiliser tout en responsabilisant les gens. Il est judicieux, voire indispensable, de faire prendre conscience à tout un chacun des enjeux environnementaux et sociétaux. Mais, les Etats nationaux et l’Union européenne ont depuis longtemps perdu le bras de fer contre les grandes multinationales. Ces dernières inondent le marché de produits qui constituent parfois de véritables attentats contre la santé publique (tabac, glyphosate, aliments sucrés à souhait…). Alors, au lieu de légiférer et de réguler, on préfère sensibiliser.

Or, aucune campagne politique ne dispose de moyens aussi conséquents que ceux mis en œuvre par les grandes multinationales pour influencer les consciences. Elles sortiront toujours vainqueurs de ce combat inégal. D’autant plus que ce sont elles qui imposent leurs règles du jeu, par biais d’un lobbying incessant à ces mêmes décideurs qui se rachètent une conscience en élaborant une belle campagne de sensibilisation…
qui n’est rien d’autre qu’un simple abandon
de pouvoir.