Signal en haut-lieu / Le plateau des Fagnes sert de relais à la finance internationale

Michel Petit / 447 km à l’Ouest, Londres. 187 km à l’Est, Francfort. Entre les deux places financières, sur la ligne droite les reliant, Botrange, à quelques dizaines de kilomètres au Nord du Luxembourg. Botrange, un vrai signal. Surtout que là, au cœur du plateau des Hautes-Fagnes, sur le point culminant de la Belgique, se dresse le Signal de Botrange, une tour appelée à devenir, dans les mois à venir, un haut-lieu de la finance internationale.

Y contribuent des Luxembourgeois, EOS Tower, spécialisés dans la construction de pylônes. En cheville avec le géant McKay Brothers, fournisseur de services de télécom pour le Trading haute fréquence (THF).

Le THF? Un mode de soumission d’ordres de Bourse ultra rapide et entièrement automatisé, dont les prises de position, à l’achat comme à la vente, sont effectuées par des algorithmes sophistiqués.

Les traders sont ainsi capables d’intervenir de façon chirurgicale dans les carnets d’ordres de différentes Bourses à travers le monde, et de profiter d’opportunités d’extrême court terme, généralement imperceptibles pour un trader humain, leur permettant d’empocher de tous petits gains, mais à répétition, tels les petits ruisseaux faisant les grandes rivières…

Retour au plateau belge… Aujourd’hui, le débat est plié. Les autorités locales – la commune de Waismes – et régionales ont scellé les accords pour élever le sommet du pays de 45 mètres. Sur les hauteurs, pas besoin de plus.

Les traders internationaux qui misent donc toujours plus sur la rapidité, ont également avalisé les accords. Chez ces gens-là, chaque microseconde pèse lourd, rapporte cash. Et cela fait déjà six ans qu’ils réfléchissent à un relais en Belgique. Au Signal de Botrange, la parcelle convoitée par de grosses sociétés internationales s’étend sur quatre ares, pas plus. Un monde.

L’axe rectiligne Londres-Botrange-Francfort rapproche davantage les serveurs d’Euronext et de la Bourse alternative de Chi-X de leurs collègues de la Bourse de Francfort, les uns et les autres disposant déjà d’un réseau d’antennes en Belgique.

Pour l’heure, la technologie leur permet de joindre Londres à Francfort en deux grosses secondes. Peut mieux faire. Alors que, déjà, la transition des ondes par les airs s’avère autrement plus efficace – deux fois plus rapide – que la fibre optique pour le transport des données.

D’autant aussi que, au plan des onéreuses infrastructures à la traîne dans ce secteur, le ciel, mieux que la terre, use de la ligne droite, dédaigne les détours, redoutant pourtant des conditions climatiques telles que le smog britannique et par-dessus la Manche, néfaste à la qualité du signal.

Botrange bénéficie du choix d’une localité proche de Ramsgate, Richborough. La population locale s’était en effet fortement opposée à la construction chez elle d’un pylône THF d’une hauteur indispensable de 324 mètres.

L’itinéraire bis via la Côte belge et la traversée de la Flandre a découragé les investisseurs qui se sont dès lors repliés sur Botrange, aboutissement via Dunkerque et la traversée de la Wallonie, un itinéraire qui évite aussi l’onéreux (en temps) crochet par le pylône de Simmerath, en Allemagne, squatté déjà par de nombreux utilisateurs.

Car il s’agit, via le réseau d’antennes, de tendre le plus possible vers la ligne droite imaginaire.

C’est vrai pour Francfort, évidemment, mais aussi, vers Milan ou Zurich où, progressivement, les fameuses salles de marché à l’épouvantable effervescence, au stress permanent, à l’usage de plusieurs téléphones simultanément, tendent à disparaître. Dans ce monde fou du trading à haute fréquence, on est déjà à la dictature de l’algorithme qui détecte, voire devance, les variations des cours du marché. Par sa rapidité, l’ordinateur écrase le téléphone, d’un autre temps.

Sur Euronext par exemple, le THF représente près des deux tiers des transactions, un chiffre qui approche les 90% aux Etats-Unis.

Pourtant, les utilisateurs redoutent toujours une panne du système. Les observateurs mettent souvent en exergue l’accident de 2010 au cours duquel il n’avait fallu qu’une poignée de secondes pour faire chuter les cours américains d’une dizaine de points de pourcentage.

Mais la commune de Waismes ne se soucie pas des aléas de la très haute technologie. Peu lui chaut. Elle vient de passer un contrat pour la concession de plus de 1,3 million d’euros, soit une rente dégressive de 100.000 euros l’an qui courra pendant un quart de siècle.