Sept femmes en colère

Le premier «buddy movie» féminin de Bollywood n’est pas totalement sans charme, mais se termine sur une fausse note inacceptable.

Un groupe de six amies indiennes se sont perdues de vue, et se retrouvent un jour invitées à Goa chez l’une d’entre elles, Frieda (Sarah-Jane Dias). Celle-ci leur annonce qu’elle va se marier (sans toutefois dévoiler avec qui). S’y ajoutera Lakshmi, la servante de Frieda, qui s’occupe non seulement de la superbe villa portugaise, mais aussi du bien-être des amies tout au long de ces quelques jours et nuits d’enterrement de vie de jeune fille.

Le réalisateur Pan Nalin présente son film comme le premier «buddy movie» féminin de Bollywood. Hangover de filles à Goa? Il n’y a ici ni alcool ni drogues, et on pense plutôt à Sex and The City (avec très peu de sexe). La mention de Bollywood est très importante, parce qu’il ne faut surtout pas s’attendre à un film d’auteur féministe ou politique. Il s’agit d’une production commerciale grand public, qui mise entre autres sur un casting très agréable à l’œil, et dont les hommes sont quasiment absents. Les sept déesses, bien qu’évidemment très différentes les unes des autres, sont toutes intelligentes et plus ou moins émancipées, mais leurs histoires communes et individuelles n’échappent à aucun cliché du genre. Le spectateur – occidental en tout cas – ne découvre rien de vraiment nouveau ou original au cours de leurs conversations.

Peut-être est-ce une erreur de pardonner certaines platitudes et grosses ficelles scénaristiques à un film, uniquement parce qu’il est indien, premier de son genre, et parce qu’il nous dépayse agréablement, alors qu’on serait beaucoup plus intransigeant avec le même produit made in USA. Il reste néanmoins qu’en grande partie Angry Indian Goddesses se consomme très agréablement. Certaines scènes de dialogue paraissent parfois improvisées, maladroitement même, genre: «Eh les filles, on va avoir une discussion sur les godemichés, façon « Sex and the City »…», mais de cette maladresse naît finalement un certain charme, comparable à celui d’un cinéma ou théâtre amateur où de jeunes gens essaient de donner tout d’eux-mêmes, tout en le faisant avec des moyens copiés de leurs œuvres de référence.

Comme par exemple la séquence où Frieda révèle finalement à ses amies, à qui elle compte se marier: Une déesse ex-machina (secondée par la fidèle Lakshmi) nous informe tout à coup que Frieda a l’habitude de faire vœu de silence une fois par semaine, permettant ainsi à celle-ci de se lancer dans un jeu de pantomime plein de sous-entendus coquins. La solution à ce jeu est ultra prévisible, mais néanmoins jouissive pour le spectateur qui accepte d’y participer.

Folk-guimauve

Après cette révélation cependant, et pour son dernier tiers, le film change aussi de style et de direction, sans doute pour donner sa raison d’être au angry du titre. Suite à un événement tragique, narré et exploité maladroitement, nos déesses soudainement vengeresses vont s’attaquer au système patriarcal de leur pays, c’est-à-dire aux méchants hommes. Cette échappée culminera dans la scène finale à l’église où notre bande de meufs bénéficie soudain d’une extraordinaire solidarité de la part de l’assemblée tout entière. Le problème est que cette solidarité leur est accordée pour la seule raison que ce sont des femmes, alors que, indépendamment de leur sexe, il est clair qu’elle est en réalité totalement déplacée et nous glace finalement le sang. Notons enfin que les amateurs hard-core de Bollywood risquent d’être déçus par Angry Indian Goddesses , parce que le film ne comporte aucune scène de danse ou de chant traditionnels. Restent la chanson folk-guimauve Zindagi qu’interprète le personnage de Mad (Anushka Man-chanda), reprise à différentes sauces, et surtout l’envahissant «score» composé par le Français Cyril Morin, qui exagère encore plus les maladresses et lourdeurs du scénario et de la réalisation.

Le film a néanmoins remporté la deuxième place du vote public au Toronto International Film Festival en 2015, et même la première place au Toronto Inside Out Lesbian and Gay Film and Video Festival en 2016.

Misch Bervard