Une séparation douloureuse /Coup de cœur

L’Eglise a souvent été au cœur de l’actualité au cours des mois passés, car sa séparation d’avec l’Etat, avec les conséquences qu’on connaît, n’a pas été bien digérée par ceux qui y voyaient une atteinte impardonnable à leurs privilèges séculaires. Or, les églises et chapelles sont toujours debout et on continue d’y officier.

Hélas, devant une assistance de plus en plus clairsemée et cela n’a absolument rien à voir avec la scission bien réfléchie et en grande partie incontournable qui a fait couler tant d’encre. Réflexion faite, l’on aurait au contraire pu s’attendre à plus d’affluence vers les sanctuaires pour témoigner, en dépit des nouvelles réglementations, d’une foi plus inébranlable que jamais.

Il y a pourtant une quinzaine de fois dans l’année où le peuple luxembourgeois tient à une tradition séculaire en se rendant en plus grand nombre à la cathédrale pour y vénérer la Consolatrice des Affligés.

Là encore, ce sont surtout les générations d’un certain âge qui se déplacent et qui gagnent les premiers rangs dans un sanctuaire plutôt vide à l’arrière et dans les travées latérales.

Ceci dit, loin d’être une grenouille de bénitier, je me rends moi-même pendant l’Octave à plusieurs reprises à la cathédrale. J’y fais un brin de causette avec cette petite statue polychrome en bois de tilleul, découverte un beau jour de l’an 1624 dans le creux d’un arbre au Glacis et qui est devenue au fil des siècles le point de mire de tous ceux qui attendent d’elle sinon un miracle du moins du soutien et de la consolation. Et j’en retourne moi aussi chaque fois, sinon en état de sainteté, du moins confiant et apaisé.

Impassible dans ses beaux ornements – elle a une soixantaine de robes vraiment haute couture –, la Vierge trône au milieu de l’autel aux formes baroques dans une mer de fleurs qui étaient particulièrement belles – d’opulentes pivoines rose vif, fleurs des honneurs – le dimanche de clôture de l’Octave.

J’ai suivi la procession et j’y ai vu un bel échantillon de notre population autochtone et étrangère dans des tenues qui auraient fait secouer la tête à ceux qui, il y a quelques dizaines d’années, mettaient pour s’y rendre leurs plus beaux atours. De là à suivre parmi les autorités civiles le Saint Sacrement dans une robe de cocktail aux épaules dénudées, il faut avoir du courage!

Désormais, un seul reposoir se dresse en face du Palais grand-ducal. Mais il a plutôt l’air d’un abri de course automobile que d’un cadre digne de recevoir le Saint Sacrement. Ils sont loin les autels majestueux dressés à intervalles réguliers sur le passage de la procession, de même que les sapins et drapeaux qui sillonnaient les rues par lesquelles elle passait.

Par contre, quelle belle surprise de voir apparaître et rejoindre les autres membres de sa famille pour la bénédiction finale le Grand-Duc Jean, chaleureusement applaudi par les pèlerins. Bien qu’en chaise roulante, l’ancien souverain paraissait en pleine forme en répondant d’un sourire juvénile et de gestes joviaux à l’ovation faite par ceux qui continuent à le porter dans leur cœur.

C’est au-delà d’une mer de mitres épiscopales que résonnait ensuite comme chaque année l’Hallelujah de Haendel sous les voûtes du sanctuaire national qui semblait plus que jamais impassible aux débats controversés ayant accompagné la séparation officielle entre l’Eglise et l’Etat.

Pierre Dillenburg