Sentiments d’injustice / Appréciations post-électorales

Olivier Tasch / Alors que les négociations pour la formation d’un nouveau gouvernement ont timidement démarré, on peut tirer les premiers enseignements des législatives.

Dans le landerneau politique luxembourgeois plane un sentiment d’injustice tel un charognard qui espère une issue funeste. Le système électoral, avec ses quatre circonscriptions, a largement été vilipendé, les petites formations s’estimant lésées et donc pas représentées à leur juste valeur. Mauvais perdants, les souverainistes de l’ADR entendent d’ailleurs saisir la
justice…

Le grand parti chrétien-social, à qui le système profite en premier lieu, ne va évidemment pas jusqu’à remettre en cause un mécanisme qui lui reste favorable. Pour autant, malgré sa première place à la sortie des urnes en 2013 et 2018, il doit faire l’amer constat qu’il n’arrive plus à accéder au gouvernement. Il crie donc, lui aussi, à l’injustice. Et dans sa chrétienne rage toute contenue, rêve d’un système électoral dans lequel le parti arrivé en tête hériterait d’une légitime priorité pour la formation d’un gouvernement. Au passage, le CSV crie à l’injustice de voir son ancien fidèle compagnon de coalition, le LSAP, entrer dans un gouvernement malgré son peu glorieux résultat.

Autre sentiment d’injustice, malgré la décision référendaire de 2015 qui a «réglé» la question du droit de vote des étrangers, le corps électoral n’est pas représentatif de la population.

Les chiffres sont têtus, les électeurs constituent 47,2% de la population de plus de 18 ans. Si la discussion a été rangée dans le placard du consensus grand-ducal, elle sera, au plus tard, réactivée lorsque le pays aura opéré le basculement démographique et sera confronté à la réalité d’une population étrangère résidente majoritaire.

Injustice aussi: la très masculine composition de la Chambre. Il ne s’agit pas d’un sentiment mais d’une réalité, chiffres à l’appui. Sur les soixante députés élus, douze sont des femmes malgré un quota de 40% sur les listes. Un appel au formateur du gouvernement est lancé pour que l’exécutif affiche une parfaite parité (lire page 6 et 7).

Injustice enfin: la représentativité sociale de la Chambre. Combien de demandeurs d’emploi, d’étudiants, d’ouvriers, de serveurs, ou de chauffeurs ont été élus au
Parlement?