Secrets de Polichinelle / Des élections indécises

Olivier Tasch / Les élections de 2013 ont fait entrer le pays dans une nouvelle ère. Le parti arrivé en tête du scrutin – le CSV –, bien que désireux de former un gouvernement, s’est retrouvé sur les bancs de l’opposition. Une pilule bien difficile à avaler. Cinq ans après, certains l’ont d’ailleurs encore en travers de la gorge. L’amertume est d’autant plus grande que la coalition à trois n’a pas échoué, bien au contraire. Elle a démontré que le pays tourne sans le CSV au pouvoir. A l’approche de nouvelles législatives, on peut néanmoins affirmer sans se tromper que le CSV, une nouvelle fois, sera le parti le plus sollicité par l’électeur. Mais on le sait, cette première place ne garantit en rien le fait de diriger un gouvernement.

D’ailleurs, sur le ton de l’avertissement, le président des chrétiens-sociaux ne cesse de marteler le «risque» que le gouvernement puisse remettre le couvert s’il en a la possibilité arithmétique, soit 31 sièges.

Claude Wiseler, avec son discours qui se veut centriste et modéré, suggère qu’un gouvernement sans le CSV, c’est une voie royale pour la droite dure. Cette aile plus à droite au sein même de son parti, elle gronde, mais elle est encore contenue. Ceci étant, face à un «accident» électoral, Claude Wiseler ne pourrait guère plus la tenir. Ainsi, il se pose en rempart face à la montée des extrêmes. Au-delà des discours et des calculs politiques, il sera toutefois difficile de convaincre l’électeur de la mise à l’écart du CSV.

La coalition actuelle en a bien conscience. Si on sait qu’elle désire poursuivre sur sa lancée, peu sont ceux qui le crient haut et fort. Car dans l’hypothèse – très probable – d’un CSV fort, chaque autre parti espère évidemment être choisi comme partenaire.

Il est souvent question d’une alliance entre CSV et Déi Gréng. Lesquels, même s’ils remontent à sept sièges comme en 2009, risquent d’être ultraminoritaire face à un rouleau compresseur chrétien-social. Si Bausch garde son portefeuille du Développement durable, si Dieschbourg n’est pas écartée et que l’on octroie les Affaires étrangères à Braz – aujourd’hui à la Justice –, le compromis, outre un accord de coalition qui se devine déjà dans les programmes électoraux, sera largement acceptable. On notera d’ailleurs qu’entre CSV, DP et LSAP, il n’y a pas non plus d’incompatibilité programmatique. Et on imagine facilement un gouvernement Wiseler-Bettel ou Wiseler-Schneider.

Des scénarios tout aussi plausibles que la reconduction de la coalition actuelle. A moins d’une surprise?