La Scala-Paris, nouvelle scène ultramoderne, lève le rideau mardi soir

Paris s’offre un nouveau théâtre, la Scala, dont le rideau se lève mardi soir avec l’ambition de surpasser toutes les scènes de la capitale par son côté ultramoderne et pluridisciplinaire.

Après 20 ans de fermeture et un parcours extraordinaire, La Scala-Paris –qui n’a rien de commun avec son homonyme de Milan à part le nom– va renaître de ses cendres en plein coeur de la capitale, Boulevard de Strasbourg.

Cette résurrection a été possible grâce au rêve du couple Frédéric Biessy, producteur, et de son épouse Mélanie, à la tête d’un fonds d’investissement, qui ont racheté le théâtre en 2016 pour 3,8 millions d’euros. C’est un lieu qui été tour à tour l’un des plus beaux cafés-concerts à la fin du XIXème siècle, un théâtre de boulevard, un cinéma, un multiplexe pornographique, un lieu de drague et a même failli devenir le siège d’une église brésilienne.

Pluridisciplinaire, des arts plastiques à la musique contemporaine, la Scala, qui a nécessité un budget d’investissement de 19 millions, sera unique avec ses 220 panneaux acoustiques variables, un gradin rétractable et une jauge modulable de 550 places pouvant aller jusqu’à 750. La scénographie est signée Richard Peduzzi, collaborateur attitré de Patrice Chéreau, et l’acoustique de Philippe Manoury.

La soirée d’ouverture démarrera avec un spectacle d’un acrobate, jongleur et metteur en scène, Yoann Bourgeois, découvert il y a quelques années. « J’ai toujours travaillé in situ, mais ce qui est spécial ici, c’est que la création du spectacle était parfaitement synchronisée avec celle du théâtre », où les travaux étaient toujours en cours ces derniers jours. « Je ne pouvais que rêver du lieu pendant sa construction; cela a eu un impact sur le spectacle: le personnage erre dans un espace 3D, cérébral », ajoute-t-il.

La Scala, qui fait face au Comedia et au Théâtre Antoine, était au départ un music-hall célébrissime créé en 1873 par une veuve fortunée tombée amoureuse du célèbre théâtre italien. Fin XIXe siècle, ce lieu était incontournable pour devenir une vedette à Paris: Mistinguett, Mayol, Fréhel ou Yvette Guilbert s’y sont produits.

Après la Première Guerre mondiale, la Scala devient un théâtre de boulevard puis avec l’apparition du cinéma parlant dans les années 30, il se reconvertit en salle qui va offrir au fil des ans les meilleurs films français et américains en exclusivité. Mais vers la fin des années 60, le coeur économique de Paris se déplace du Xe arrondissement vers l’ouest et une décennie plus tard, la Scala devient le premier multiplexe pornographique. L’église baptiste brésilienne tente d’en faire son siège avant que la Scala ne soit classée lieu de culture. « Dans le quartier, il y avait autrefois beaucoup de petits théâtres, comme le Théâtre Lancry où a été créée « Les chaises » d’Eugène Ionesco », explique à l’AFP Jean-Pierre Thibaudat journaliste qui tient un blog sur le théâtre sur Mediapart. « Donc un nouveau théâtre dans un quartier de théâtre, c’est une très bonne nouvelle, c’est une histoire de renaissance », ajoute-t-il. Le critique de théâtre a toutefois regretté qu’il « n’y ait pas de prise de risque dans la programmation », qui cette saison inclura des spectacles de Thomas Jolly « Arlequin poli par l’amour », 2007) ou encore la dramaturge Yasmina Reza. « La plupart sont des spectacles qui existent déjà et financés par le théâtre public », dit-il.

La Scala vient s’ajouter à une scène parisienne longtemps dominée par le théâtre public mais où le privé a gagné du terrain ces dernières décennies. « Les gens vont encore au théâtre, les salles sont pleines, c’est même rassurant quand un mauvais spectacle fait salle pleine », plaisante M. Thibaudat. Mais selon lui, il est nécessaire d’avoir plus d’audace et d’innovation comme à Moscou, Berlin ou sur le modèle des metteurs en scène Milo Rau à Gand (Belgique) ou Tiago Rodrigues à Lisbonne.