Réfugiés: La santé physique, ça va, côté psychique, c’est plus compliqué

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« Pour nous, les soins de santé préventifs et la prise en charge médicale font partie des droits de  l’Homme » affiche la ministre de la Santé, Lydia Mutsch. «Notre priorité est de permettre à chaque réfugié d’avoir accès à nos structures de santé. Le principe même de l’accès pour tous est d’ailleurs profondément ancré dans notre système de santé. »

Toute personne qui arrive est donc auscultée au centre médico-social de la rue Marshall, près de la gare de Luxembourg. L’office d’accueil et d’intégration se charge de la prise de rendez-vous et de fournir un interprète. Les médecins sont ceux de la Ligue de prévention et d’action médico-sociales et de la Division de l’inspection sanitaire du ministère de la Santé.

Actuellement, ils voient 50 patients par semaine, soit 200 patients par mois. «On pourrait doubler ce chiffre avec nos moyens» assure Lydia Mutsch. Mais, face à l’afflux annoncé, le gouvernement a voulu anticiper. Le 11 septembre, deux postes supplémentaires ont été accordées, pour des médecins spécialistes qui renforceront surtout la prise en charge psychologique. Le renforcement de la direction de la santé, budgétisé pour 2016, sera aussi avancé à cette année.

Plutôt en bonne santé

«Les demandeurs de protection internationale sont plutôt en bonne santé à l’arrivée» constate le Dr Weicherding de l’Inspection sanitaire. «Mais notre mission, c’est la protection de la santé publique. Les réfugiés viennent de tous les coins du monde et nous devons détecter s’ils sont porteurs de maladies.» Radio des poumons, tests cutanés, analyses de sang sont au programme. En cas de signe sérieux de maladie, un traitement est enclenché. « Nous proposons aussi la vaccination contre les maladies courantes et presque tous les patients en profitent.» Ce qui permet au médecin de conclure que «en ce qui concerne les maladies contagieuses, les demandeurs de protection internationale sont à niveau égal avec la population luxembourgeoise».

Une partie importante de cette « visite médicale d’accueil » est consacrée au dépistage de la tuberculose, mission historique de la Ligue médico-sociale. En 2014, 30 cas déclarés ont été dénombrés et parmi ceux-là plus de 2/3 sont apparus chez des personnes étrangères.

La tuberculose en ligne de mire

Sur 3.500 personnes dépistées par an, un milliers étaient des demandeurs de protection internationale. «Ce sont des populations fragilisées, stressées qui viennent de régions où la propagation de tuberculose est encore importante » défend le Dr Chaussade, directeur médical de la Ligue.

La prise en charge ne comprend pourtant pas uniquement la santé physique. La psychiatre  Juliana d’Alimonte, de la direction de la Santé, rend systématiquement visite à tous les demandeurs de protection qui arrivent dans les centres d’accueil. Elle dresse un portrait glaçant des expériences traumatiques vécues.

Traumatismes et résilience

Parmi les réfugiés adultes, deux tiers ont été témoins de violences sur autrui, la moitié a vu des cadavres, souvent affreusement mutilé, où ont été eux-mêmes victimes de violences. Chez les enfants, 40 % ont été personnellement témoins de violence, dans un tiers des cas elle a été perpétrée contre un membre de leur famille proche. Les bombardements, les tirs d’artillerie, la soif ou la faim sur de très longues périodes, les menaces de mort, les simulacres d’exécution, la torture physique, et pour de nombreuses jeunes filles mais aussi de jeunes garçons, le viol, laissent aussi les traces indélébiles.

«Il est important de ne pas en déduire automatiquement la nécessité d’une prise en charge  psychologique ou psychiatrique» prévient pourtant la psychiatre. « Aussi violentes qu’ont pu être les expériences, il peut y avoir un phénomène de résilience, parfois familial ou collectif. »

Facteurs de protection

Quand ce n’est pas le cas, c’est plus compliqué. Les patients souffrent de symptômes post-traumatiques, ils ont des flash-backs, des souvenirs qui remontent de façon impromptue, le jour où la nuit, des cauchemars. Les dépressions sont fréquentes et les pensées de suicide aussi.

« On remarque que les enfants « s’amusent » souvent à rejouer les situations de conflit qu’ils ont vécu. Les traumatismes peuvent retarder leur développement, et même leur croissance. Certains n’arrivent pas à verbaliser leurs souffrances et risque de glisser vers un état proche de l’autisme » détaille Juliana d’Alimonte.

Il s’agit alors d’éviter les dépressions chroniques. Et d’éviter les facteurs aggravants: les longues démarches administratives, les barrières linguistiques, les problèmes à trouver du travail mais aussi les discriminations.

« Il y a aussi les facteurs de protections qui peuvent empêcher l’apparition de souffrances chroniques, comme la reconnaissance sociale en tant que victimes – très importante –  ou l’accueil reçu par les communes et par l’Etat, les conditions de logement… » insiste la psychiatre qui a visité des camps de réfugiés dans le sud de l’Italie pour être préparée au mieux aux cas qu’elle rencontre au Luxembourg.

Laurence Harf