Sacre surprise pour « Bohemian Rhapsody » aux Golden Globes

« Bohemian Rhapsody » sur la vie du chanteur de Queen a créé une grosse surprise dimanche aux Golden Globes, en décrochant les titres de « meilleur film dramatique » et de « meilleur acteur » pour Rami Malek dans son rôle de Freddie Mercury.

Les autres longs métrages sacrés dans cette soirée très éclectique, rassemblant le gratin d’Hollywood, ont été « Roma », du Mexicain Alfonso Cuaron, et « Green Book », de Peter Farelly. Donné grand favori, « A Star Is Born », de et avec Bradley Cooper, a été le grand perdant de la soirée, avec seulement une récompense, celle de la meilleure chanson pour Lady Gaga. La pop star, dont la performance avait pourtant séduit le public et la critique, a laissé le trophée de la meilleure actrice à Glenn Close, pour « The Wife », autre coup de théâtre de cette 76e édition.

La soirée a également donné l’occasion à l’industrie du film de promouvoir ses progrès vers une meilleure intégration des minorités, avec plusieurs Golden Globes attribués à des oeuvres traitant de la discrimination en tous genres, notamment raciale. Au palmarès des récompenses, c’est « Green Book » qui est arrivé en tête, avec trois récompenses: meilleure comédie, meilleur scénario et meilleur second rôle pour Mahershala Ali. L’acteur y incarne le pianiste noir Donald Shirley, qui osa une tournée dans le sud des Etats-Unis encore régi par la ségrégation raciale en 1962, sous la protection d’un garde du corps d’origine italienne joué par Viggo Mortensen. Si les deux protagonistes de cette histoire vraie ont pu « trouver un terrain d’entente, nous pouvons tous le faire », a relevé Peter Farrelly en recevant sa récompense. « Il nous suffit de nous parler, de ne pas juger à l’aune de leurs différences mais de chercher ce que nous avons en commun (…) Nous voulons aimer et être heureux et traité de manière équitable », a ajouté le réalisateur, très applaudi.

L’actrice noire américaine Regina King a de son côté reçu le Golden Globe de la « meilleure actrice dans un second rôle » pour « Si Beale Street pouvait parler ». Tirée d’un roman de James Baldwin, la nouvelle oeuvre de Barry Jenkins raconte l’histoire d’un jeune couple noir dans le Harlem des années 1970, et des obstacles que son amour doit traverser, sur fond de racisme et d’erreur judiciaire. « Le cinéma, dans ce qu’il a de meilleur, bâtit des ponts entre les différentes cultures », avait lancé un peu plus tôt le Mexicain Alfonso Cuaron, sacré « meilleur réalisateur » pour « Roma ». Tourné en espagnol, et ne pouvant à ce titre pas concourir dans la catégorie phare du « film dramatique », « Roma » a aussi obtenu le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère.

Chouchou de la critique, Alfonso Cuaron, 57 ans signe avec « Roma » un film très personnel, inspiré par son enfance à Mexico et une domestique employée par sa famille. Ses deux Golden Globes pourraient servir de marchepied à son film – produit par Netflix – vers les Oscars fin février, même si les pronostics sont toujours délicats car, contrairement aux Oscars, ce ne sont pas les professionnels du cinéma qui votent aux Golden Globes mais la petite centaine de membres de l’Association de la presse étrangère de Hollywood (HFPA).

Connu pour ses choix parfois imprévisibles, le jury n’a pas failli à sa réputation cette année en faisant primer le très populaire « Bohemian Rhapsody » sur « Black Panther », « BlacKkKlansman » ou « A Star Is Born ». Rami Malek, incarnant Freddie Mercury, a été sacré meilleur acteur de cette catégorie, devant Bradley Cooper, davantage attendu. Pas de surprise en revanche dans la catégorie « comédie »: Christian Bale, méconnaissable dans le rôle du vice-président Dick Cheney pour « Vice », et Olivia Colman en reine Anne, pour « La Favorite », ont été récompensés. Une petite déception pour « Vice », pourtant en tête des nominations le mois dernier. Mais le film d’Adam McKay a certainement fait les frais d’avoir divisé la critique. Quant à la dernière production Marvel, « Spider-Man: New Generation », qui met en scène un nouvel homme araignée à la fois noir et latino, elle a remporté le prix du « meilleur film d’animation ».

Les Golden Globes récompensent aussi les oeuvres de télévision, de plus en plus prisées des spectateurs. Le vétéran Michael Douglas a ainsi été désigné « meilleur acteur » pour son rôle dans « La Méthode Kominsky », également primée « meilleure série comique ».

La série « The Americans » a empoché le prix de la meilleure série télévisée dramatique, tandis que Richard Madden (Robb Stark dans « Games of Thrones) a reçu le Golden Globe du meilleur acteur dans cette catégorie.

La soirée était présentée par le duo de comédiens Andy Samberg et Sandra Oh, récompensée par un Golden Globe pour son rôle d’agente pas si secrète dans la série « Killing Eve ».

Golden Globes: les principales déclarations

Voici les déclarations les plus marquantes de la 76e cérémonie des Golden Globes, récompenses attribuées au cinéma et à la télévision américains par l’Association de la presse étrangère d’Hollywood (HFPA).

– Rami Malek (meilleur acteur dans un rôle dramatique pour « Bohemian Rhapsody »): « Merci à Freddie Mercury de m’avoir donné la joie d’une vie. Je vous aime, vous l’homme magnifique. Ceci est pour vous et grâce à vous ».

– Graham King (producteur de « Bohemian Rhapsody », meilleur film dramatique) à Freddie Mercury: « Merci de nous avoir montré la puissance que représente le fait de s’accepter soi-même ».

– Glenn Close (meilleure actrice dans un rôle dramatique pour « The Wife »): « Nous sommes des femmes, des nourricières, nous avons des enfants, des maris, si nous avons de la chance, des conjoints, ou autre. Mais nous avons besoin de pouvoir nous réaliser personnellement. Nous devons suivre nos rêves. Et nous devons dire: je dois faire ça. Et je devrais avoir le droit de faire ça ».

– Alfonso Cuaron (meilleur réalisateur pour « Roma »): « Le cinéma bâtit des ponts entre les cultures. Lorsque nous traversons ces ponts, (et voyons) ces nouveaux visages, ces nouvelles formes, nous devons réaliser que s’ils sont étranges, ils ne nous sont pas étrangers. Nous devons comprendre combien nous avons en commun ».

– Regina King (meilleur second rôle pour « Si Beale Street pouvait parler »), évoquant le mouvement contre le harcèlement sexuel et la discrimination Time’s Up: « Toute personne qui occupe un poste de pouvoir, pas uniquement dans notre industrie, je vous mets au défi de vous remettre en cause et de prendre place à nos côtés ».

– Sandra Oh (co-présentatrice des Golden Globes), au sujet de Time’s Up et de la diversité des artistes nommés: « Je ne me fais pas d’illusions, l’année prochaine pourrait être différente. Elle le sera probablement. Mais en cet instant, ce moment est tangible. (…) Parce que je vous vois, tous ces visages du changement ».

– Patricia Clarkson (meilleur second rôle dans un téléfilm ou une mini-série pour « Sharp Objects »): « mon réalisateur (Jean-Marc Vallée), vous m’avez tout demandé, à part du sexe, et c’est exactement comme ça que devrait fonctionner cette industrie ».

– Andy Samberg (co-présentateur des Golden Globes): « Cette année, nous avons vu de grandes oeuvres comme « Black Panther », « Crazy Rich Asians », « Si Beale Street pouvait parler », « Roma », (la mini-série) « Pose », « BlacKkKlansman ». Et elles ne sont pas ici ce soir parce qu’elles ont un écho auprès de publics qu’Hollywood ignore souvent, (mais) parce qu’elles racontent des histoires qui résonnent chez tout le monde. Et c’est vraiment bien ».