Russie/Mondial-2018: à Volgograd, un stade sorti des ruines de la Seconde guerre mondiale

Il a d’abord fallu retirer les restes de soldats tombés au combat et désamorcer les bombes. Puis un stade a été érigé là où deux millions de personnes sont mortes pendant la bataille de Stalingrad (ville rebaptisée Volgograd), l’une des plus meurtrières de la Seconde guerre mondiale.

« Chaque millimètre de ce sol est gorgé de sang », explique le gouverneur de la région de Volgograd, Alexandre Botcharov. « Il n’y a pas une seule famille vivant ici, pas une seule, qui n’a pas perdu quelqu’un ».

Alexandre Botcharov, comme le million d’habitants qui peuple désormais cette ville du sud de la Russie espère que le Mondial-2018 organisé par la Russie, du 14 juin au 15 juillet, permettra de transformer pour de bon cette ville martyre dont la bataille a constitué un tournant dans la guerre.

En 1961, quelques années après la mort de Staline, Stalingrad avait changé de nom pour devenir Volgograd, d’après le fleuve qui traverse la ville. Le culte de la personnalité autour du dictateur était alors abandonné, tandis que la cité renaissait des cendres et du tapis de bombes l’ayant intégralement détruite. Volgograd reste marquée par la guerre.

La construction d’une enceinte de 45.000 places s’est accompagnée de nouvelles fouilles qui ont conduit à la découverte de deux corps de soldats et plus de 20 bombes non explosées. Cela n’était pas vraiment une surprise: presque chaque nouveau projet urbain à Volgograd s’accompagne de la découverte de restes humains et de munitions. Et le stade est construit au pied de Mamaïev Kourgan, une colline stratégique théâtre de terribles batailles entre troupes soviétiques et nazies qui accueille aujourd’hui un mémorial. « On a d’abord essayé de retrouver leur identité. Ce n’est pas facile parce que beaucoup de temps a passé. Mais au moins, on essaie de découvrir s’ils étaient membres de l’Armée rouge ou des nazis », poursuit Alexandre Botcharov. « On décide ensuite où les enterrer, de quel côté du cimetière du mémorial de Rossokha », un village proche de Volgograd où un cimetière pour les soldats des deux camps morts au combat a été érigé. « C’est un travail quotidien pour nous », reprend M. Botcharov.

Le souvenir de la Seconde guerre mondiale est omniprésent à Volgograd, surplombée par une gigantesque statue dédiée à la bataille de Stalingrad de 85 mètres érigée au sommet de la colline qui domine le futur stade. M. Botcharov répète que la ville sera une des plus sûres du Mondial alors qu’elle avait été la cible d’une série d’attentats à la bombe dans les transports en commun et à sa gare centrale faisant 39 morts fin 2013.

Le maire de la ville, Andreï Kossolapov, assure que ces attentats ont seulement fait de Volgograd une ville plus sûre. « Toutes les infrastructures sportives ont été placées en état d’alerte permanent », explique-t-il à l’AFP. « Nous avons installé et continuons de le faire des caméras de vidéo-surveillance sur lesquelles on peut surveiller chaque rue », précise-t-il, ajoutant que les forces locales de sécurité « ont une grande expérience en matière de prévention des attaques terroristes ».

La Volgograd Arena, construite sur les berges de la Volga, présente une ressemblance frappante, en plus modeste, avec le « Nid d’oiseau » de Pékin, stade olympique des JO-2008. Son ingénieur en chef, Viktor Batouro, traverse avec fierté l’enceinte dont seuls quelques coups de peinture, et l’achèvement du toit protégeant les visiteurs d’une pluie rare en été dans cette région, empêchent d’être totalement opérationnel. « En principe, vous pouvez déjà jouer au football ici », explique-t-il en embrassant du regard la pelouse déjà plantée du stade. Les travaux ont couté 230 millions d’euros, un prix raisonnable pour un stade de football de cette taille. « Il ne vaut mieux pas essayer de dépasser le budget fédéral ces temps-ci », explique en souriant Viktor Batouro.

Se pose toutefois la question de l’utilité du stade après le Mondial. Le club local, le Rotor Volgograd, a goûté à la coupe d’Europe dans les années 1990 mais occupe aujourd’hui une piteuse dernière place, en deuxième division russe. Un détail pour le maire Andreï Kossolapov, qui estime que les résultats sportifs sont secondaires pour les natifs d’une ville ayant connu tant de dévastation. « Nous voulons que les gens visitent ce stade, mais aussi qu’ils reviennent », explique-t-il. « Ce sera notre véritable héritage de la Coupe du monde. »