Russie: ruée sur les fleurs pour le 8 mars

La première semaine de mars, les étroites allées du marché aux fleurs Rijski de Moscou deviennent bien encombrées: pas question de rompre à une tradition très ancrée en Russie où la journée internationale des droits des femmes est prise très au sérieux.

Les employeurs viennent à Rijski des quatre coins de la capitale russe pour acheter des fleurs à leurs employées, selon une coutume datant de l’époque soviétique.

La journée du 8 mars est fériée en Russie et observée soigneusement par la population. Il s’agit toutefois davantage de tulipes et de roses que de débats sur les droits des femmes.

Pour chaque jour férié — et ils sont nombreux en Russie– Raïssa Khetagourova, 53 ans, se rend systématiquement à Moscou depuis le Caucase du Nord pour vendre des fleurs. Aucune fête, assure-t-elle, n’est aussi rentable que le 8 mars, où les vendeurs peuvent gagner jusqu’à « 15 fois » plus qu’en temps normal.

Ses mimosas jaunes viennent d’Abkhazie, région séparatiste prorusse de Géorgie, de facto sous le contrôle de Moscou. Ses tulipes, elles, sont importées du Bélarus. « Je suis très heureuse que les femmes soient respectées en Russie », affirme-t-elle à l’AFP. « Bien entendu, les hommes gagnent plus, mais ça a toujours été comme ça », ajoute-t-elle, assurant que « les temps sont en train de changer ».

A peine visible entre les tulipes de son petit stand, Saïora Kourbanova explique pour sa part ne pas aimer le 8 mars: elle « doit travailler sans arrêt ». Venue de Crimée, la jeune fille de 18 ans a rejoint Moscou avec ses parents via un pont gigantesque construit sur ordre de Vladimir Poutine l’année dernière pour relier la péninsule ukrainienne annexée en 2014 par la Russie au reste du pays par la route. Sa famille se prépare pour le 8 mars jusqu’à trois mois à l’avance et ce pont, qui a suscité la colère de Kiev et de l’Union européenne, facilite grandement la tâche alors qu’il fallait auparavant emprunter un ferry pour éviter le territoire ukrainien sous contrôle de Kiev.

Le prix des fleurs avant le 8 mars peut augmenter à tel point que les autorités se voient forcées de déclarer la guerre aux vendeurs à la sauvette.

Selon Taras Belozorov, porte-parole du département du commerce de la mairie de Moscou, les prix des fleurs augmentent de « près de 20% » chaque année en amont de la journée des droits des femmes.

La mairie de Moscou a averti cette semaine que 360 policiers seraient affectés à des raids contre les vendeurs qui s’installent ailleurs qu’aux endroits prévus par les autorités. Un numéro de téléphone spécial a été ouvert pour dénoncer les commerçants qui gonflent les prix.

En Russie, seulement 30% des fleurs vendues sont cultivées dans le pays en raison du climat froid, le reste étant importé d’Equateur et des Pays-Bas.

Au marché Rijski, les meilleurs clients sont les employeurs et les cadres qui achètent par cartons entiers les fleurs pour leurs entreprises.

Valeri Saveliev, 59 ans, a acheté un bouquet de tulipes pour chacune des dix employées qui travaillent dans son entreprise de meubles. « C’est la tradition », explique-t-il, tout en reconnaissant le côté daté de cette tradition soviétique. « Est-ce que les autres pays célèbrent le 8 mars? », s’interroge-t-il.