La Roumanie incitée à respecter l’Etat de droit avant sa présidence de l’UE

European Commission President Jean-Claude Juncker

La Commission européenne a appelé une nouvelle fois Bucarest à respecter l’Etat de droit avant sa présidence semestrielle de l’Union européenne le 1er janvier 2019, lors d’un débat mardi au Parlement européen avec le président Klaus Iohannis.

« Je souhaite que la Roumanie adhère à l’espace Schengen, mais elle ne doit pas hypothéquer cela en se détournant des principes de l’Etat de droit », a averti le président de l’exécutif bruxellois Jean-Claude Juncker après l’intervention du président libéral roumain devant les députés européen réunis en plénière à Strasbourg.

« Je souhaite qu’en Roumanie il y ait un consensus pour la lutte contre la corruption, sinon la Commission européenne aura beaucoup de mal pour ses recommandations et pour les faire adopter à l’unanimité », a-t-il prévenu.

Le processus d’adhésion à l’espace Schengen impose une recommandation favorable de la Commission européenne et l’unanimité des pays membres.

Les candidatures de la Roumanie et de la Bulgarie sont bloquées depuis 2007. Le président Iohannis a été prié par les élus européens d’intervenir pour éviter une dégradation de l’Etat de droit due aux réformes du système judiciaire entreprises par le gouvernement social-démocrate dirigé par Mme Viorica Dancila.

« Nous sommes extrêmement préoccupés par les réformes douteuses qui sapent le système judiciaire et par l’affaiblissement du code pénal qui sape la lutte contre la corruption », a lancé le chef de file du groupe des Libéraux et Démocrates européen (ALDE) Guy Verhofstadt.

« Je vous demande de ne pas suivre l’exemple de pays comme la Pologne et la Hongrie qui se sont engagés sur la voie de l’autocratie », a ajouté l’ancien Premier ministre libéral belge. « J’espère que vous allez vous engager », lui a demandé le représentant du groupe socialiste Josef Weidenholzer.

« Le gouvernement a franchi plusieurs lignes rouges sur les valeurs et il doit changer de cap », a critiqué l’Allemand Manfred Weber, chef du groupe du Parti Populaire Européen (PPE, droite). « Je vais continuer à m’impliquer pour garantir que l’Etat de droit sera préservé », a promis le président roumain dans sa réponse aux élus. « Je ne suis pour ma part aucunement prêt à abaisser mes exigences envers l’Etat de droit et la justice en Roumanie », a-t-il insisté un peu plus tard lors d’un point de presse aux côtés du président du Parlement européen Antonio Tajani.

« La justice doit rester indépendante et la démocratie intacte », a-t-il souligné, se disant prêt, si le gouvernement roumain l’est aussi, à « travailler » avec les institutions européennes sur ces questions avant que Bucarest ne prenne la présidence tournante de l’UE.

La Première ministre roumaine avait été entendue début octobre par les députés européens et s’était engagée à tenir compte de leurs recommandations. Le système judiciaire de la Roumanie fait l’objet d’un suivi de la part de la Commission depuis 2007, date de son adhésion. Or « la situation n’a cessé de se détériorer », avait averti le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans.

La Commission européenne publiera ses recommandations en novembre. Le Parlement européen sera appelé à voter lors de sa session plénière du 12 au 15 novembre à Strasbourg.