Du «rêve chinois» à la réalité / Vu des marches

La Chine reste le principal contributeur à la croissance économique mondiale.

Toutefois, son rythme de croissance est passé de plus de 10% l’an à un peu moins de 7% et devrait ralentir encore sous l’impulsion du déclin démographique. Par ailleurs, le pays est confronté à de multiples défis (surendettement des entreprises publiques, guerre commerciale avec les USA, corruption, fuite des capitaux). Est-ce que cela signifie la fin du miracle économique de l’Empire du Milieu?

Pour répondre à cette question, il convient de s’interroger sur la viabilité des objectifs définis par le président Xi.

A l’horizon 2050, Xi évoque la réalisation du «rêve chinois» qui consiste à retrouver la place de première puissance au monde. La croissance restera primordiale mais devra s’accompagner de mesures visant à en améliorer la qualité (meilleure protection de l’environnement, lutte contre la corruption). Pour cela, le parti devra renforcer son rôle central dans l’économie et le pays devra s’affirmer davantage sur l’échiquier géopolitique. Il en découle une série d’initiatives qui se déclinent en quatre axes majeurs:

Premièrement, la nouvelle «Route de la soie».

Pour mieux connecter ses centres économiques au continent eurasiatique au sens large, la Chine investira lourdement dans les infrastructures. Mais l’objectif est aussi de se procurer une zone d’influence politique et mercantile.

Deuxièmement, le «Made in China 2025».

En investissant environ 1,7 trillion de dollars, la Chine souhaite passer du rôle de plateforme d’assemblage à celui de leader technologique. Sachant les pays occidentaux peu enclins à lui transférer davantage de propriété intellectuelle, le pays souhaite les concurrencer.

Troisièmement, la stabilité financière.

Pour éviter une douloureuse crise, les autorités ont fait du désendettement une priorité majeure. Depuis, le rythme de progression a ralenti et, en avril dernier, la banque centrale a dû assouplir sa politique monétaire.

Quatrièmement, l’ouverture des marchés des capitaux. Des mesures ont déjà été entreprises afin de permettre aux actions chinoises d’être mieux représentées dans les indices internationaux. Mais pour faire du renminbi une véritable monnaie de réserve, l’abolition des contrôles de change sera nécessaire.

En conclusion, les priorités de la Chine nous semblent souvent contradictoires. La volonté d’améliorer la qualité de la croissance est-elle compatible avec la nécessité de maintenir la création de richesse? Le rôle omniprésent du parti et des entreprises d’Etat est-il compatible avec la volonté de promouvoir l’innovation et la recherche? Le resserrement du contrôle public sur les investissements à l’étranger est-il compatible avec l’ambition de supplanter le dollar?

En somme, la Chine a-t-elle les moyens de ses ambitions?

Alan Mudie,

Société Générale Private Banking