Retour de l’Iran dans le concert des nations après la levée des sanctions

Le président Hassan Rohani a salué dimanche l’ouverture d’une « nouvelle page » entre l’Iran et le monde, après l’entrée en vigueur de l’accord nucléaire historique et la levée de la plupart des sanctions internationales imposées pendant des années à son pays.

Cet accord conclu le 14 juillet 2015 avec les grandes puissances, est entré en vigueur samedi après que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), dont le chef Yukiya Amano est attendu dimanche à Téhéran, a certifié que l’Iran avait respecté ses obligations visant à garantir la nature strictement pacifique de son programme nucléaire. Simultanément, Téhéran et Washington qui ont amorcé un rapprochement à la faveur de l’entente nucléaire, ont annoncé la libération de quatre Irano-américains détenus en Iran, dont le journaliste du Washington Post Jason Rezaian, en échange de sept Iraniens détenus aux Etats-Unis.

Les quatre Irano-Américains ont quitté l’Iran dimanche pour la Suisse, selon la télévision d’Etat. L’accord entre l’Iran et le groupe 5+1 (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, Chine, Allemagne), qui a mis fin à un contentieux de plus de 13 ans, est considéré comme un succès majeur de politique étrangère pour le président Barack Obama et M. Rohani. « Nous Iraniens, nous tendons la main vers le monde en signe de paix (…) et ouvrons une nouvelle page dans les relations avec le monde », a dit M. Rohani dans un message à la nation.

– Chute des bourses du Golfe –

« L’accord n’est contre l’intérêt d’aucun pays. Les amis de l’Iran sont contents et ses adversaires ne doivent pas être inquiets. L’Iran n’est une menace pour aucun pays (…) », a-t-il ajouté. L’amorce d’un rapprochement entre les Etats-Unis et l’Iran, dont les relations sont rompues depuis 1980, met en rage les alliés traditionnels des Etats-Unis dans la région -Arabie saoudite et Israël en tête-, qui redoutent l’influence de la puissance chiite. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, dont le pays est l’ennemi juré de l’Iran, a de nouveau prévenu qu’Israël ne « permettrait pas à l’Iran de se doter l’arme nucléaire », après avoir accusé Téhéran de n’avoir « pas abandonné (cette) ambition ». Le président iranien modéré a également voulu apaiser les critiques dans son propre pays en soulignant que « l’accord nucléaire n’était pas la victoire d’une tendance politique », alors que les milieux ultraconservateurs y sont opposés en Iran où les Etats-Unis sont toujours dénoncés comme le « Grand Satan ». « Maintenant que les sanctions ont été levées il est temps de construire le pays », a-t-il ajouté avant de présenter au Parlement le premier budget de l’après-sanctions pour l’année iranienne (mars 2016-mars 2017). Pour lui, afin de soutenir la croissance, l’Iran a besoin de « 30 à 50 milliards de dollars d’investissements étrangers par an ».

Les sanctions de l’ONU, des Etats-Unis et de l’Union européenne ont asphyxié l’économie de cette puissance régionale, membre de l’Opep qui dispose des quatrièmes réserves de brut au monde, et des deuxièmes de gaz. Mais la perspective d’un retour de l’Iran sur un marché pétrolier déjà saturé par une abondance de l’offre ainsi que la baisse des prix du brut, ont plombé les Bourses des monarchies pétrolières du Golfe qui ont fortement chuté dimanche, dont celle d’Arabie saoudite. D’ailleurs, les multinationales du pétrole et du gaz, même si elles entendent profiter de la manne pétrolière iranienne, ne veulent pas pour autant s’y lancer à n’importe quel prix.

– Monde ‘plus sûr’ –

Quoiqu’il en soit, l’accord nucléaire a été salué dans de nombreuses capitales comme un succès de la diplomatie, même si Washington a souligné qu’il resterait « vigilant pour vérifier que l’Iran respecte ses engagements ». L’Iran a toujours nié vouloir se doter de l’arme atomique, mais l’AIEA a établi que ce pays avait bel et bien mené dans le passé des recherches sur la bombe atomique. « Aujourd’hui (…) le monde entier est plus sûr car la menace des armes atomiques a été réduite », s’est félicité à Vienne le chef de la diplomatie américaine, John Kerry devant son homologue iranien Jawad Zarif. Samedi, l’AIEA a attesté que Téhéran avait respecté ses engagements en réduisant le nombre de ses centrifugeuses permettant d’enrichir de l’uranium, en envoyant à l’étranger la quasi-totalité de son stock d’uranium faiblement enrichi, et en retirant le coeur de son réacteur à eau lourde d’Arak. « L’Iran ayant rempli ses engagements, aujourd’hui, les sanctions économiques et financières multilatérales et nationales sont levées » avec effet immédiat, ont annoncé l’Union européenne et M. Zarif dans une déclaration à Vienne.

La levée de l’intégralité des sanctions sera échelonnée sur 10 ans, et durant 15 ans les mesures pourront être automatiquement rétablies en cas de manquements de Téhéran qui sera soumise à des inspections renforcées de l’AIEA. Les embargos sur les armes conventionnelles et les missiles balistiques sont maintenus jusqu’en 2020 et 2023 respectivement.

afp

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