«Respectueux du vivant»

«De l’intérêt de philosopher à l’école et en entreprise»

Rachid Kerrou / L’association Savoir être et vivre ensemble (SEVE) Luxembourg lance ses ateliers philosophiques.

L’amour du sport n’est pas exclusif et Jean-Philippe Wagnon, infatigable promoteur de l’activité physique en entreprise, le prouve en lançant, aux côtés de Céline Veitmann et Fabrice Croiseaux, l’association SEVE Luxembourg (seveluxembourg.org) qui entend, comme sa grande sœur hexagonale, initier et développer le concept d’ateliers de philosophie chez les enfants… et chez les adultes.

A l’origine du projet, comme l’évoque Martine Roussel-Adam, cofondatrice avec le philosophe Frédéric Lenoir de SEVE France, il y a notamment cette violence qui s’est exprimée à travers les attentats terroristes qui ont endeuillé l’Hexagone.

«Les ateliers de philosophie, c’est d’abord un outil de pacification. Il s’agit par cet accès à une prise de parole libre, sans notes ni jugements de valeur, de favoriser le dialogue et l’écoute. C’est aussi un outil qui vise à créer du sens pour défaire les idées reçues et lutter contre les dogmatismes.» Une démarche qui a reçu le soutien de nombreux intellectuels, même si quelques éminences philosophiques y voient, en France, une sorte d’intrusion dans leur pré carré.

«Notre démarche n’est absolument pas d’enseigner la philosophie et les philosophes, mais de favoriser la prise de parole, l’écoute, l’échange et parfois même le silence. La méditation, la réflexion, la capacité à instaurer un débat bienveillant, même lorsqu’il est contradictoire, sont autant d’éléments qui préparent les plus jeunes à devenir des citoyens confiants et respectueux du vivant, insiste Frédéric Lenoir, qui semble, à chaque atelier, s’émouvoir de tout ce qu’on peut apprendre en écoutant les enfants.»

Autant d’arguments qui semblent avoir convaincu l’Education nationale française, qui vient de donner son feu vert à SEVE pour étendre son champ d’action dans les écoles où «l’accueil par les enseignants, les parents et bien sûr les élèves est excellent», se félicite le philosophe. Il s’est déjà lui-même déplacé dans nombre d’établissements à travers le monde (Belgique, Côte d’Ivoire, Canada…) pour développer son initiative, mais vu l’ampleur de la tâche, Frédéric Lenoir et SEVE ont déjà recruté quelque 1.500 bénévoles, «formés et évalués selon des critères précis et exigeants». SEVE Luxembourg n’entend pas procéder autrement pour développer le projet d’ateliers philosophiques auprès des jeunes. «Cela a déjà démarré avec enthousiasme à l’Ecole européenne de Mamer», s’enthousiasment les cofondateurs qui espèrent, avec l’aval du ministre Meisch, «installer» aussi des ateliers dans les écoles luxembourgeoises.

Les ambitions de l’antenne grand-ducale ne s’arrêtent cependant pas au monde scolaire puisqu’un autre objectif, ardemment défendu par Fabrice Croiseaux, CEO d’InTech, et soutenu par le Groupement d’intérêt économique Incert, consiste à lancer des ateliers philo au sein même des entreprises de la Place et du Grand-Duché.

«Utiliser la méthodologie des ateliers sur des problématiques liées à l’entreprise, ça peut être bénéfique en termes de pacification, de bienveillance et de créativité», explique-t-il, en rappelant que ces valeurs peuvent trouver un écho et produire leurs effets dans tous les milieux sociaux. Vaste, mais noble chantier.