Résistance / «Merde alors!»

Jacques Hillion / Le coup de gueule de Jean Asselborn n’est pas passé inaperçu. Un cri du cœur salvateur que ce «merde alors!». Fort peu diplomate, certes, mais qui sonne comme un rappel à l’ordre alors que se jouent les prémices de la campagne électorale pour les européennes de 2019. Il suffit de se pencher sur une carte de l’Europe pour voir combien les droites extrêmes prennent de l’importance.

Elles gouvernent en Italie, en Autriche, en Bulgarie, en Finlande ou encore en Slovaquie, ne cessent de se renforcer en Allemagne et dernièrement en Suède.

Si ces droites extrêmes se présentent sous différentes spécificités qui vont du souverainisme au populisme en passant par l’euroscepticisme, l’europhobie, la xénophobie et le racisme se caractérisent quant à eux par une obsession sécuritaire, elle-même nourrie par la crise migratoire et la lutte contre l’islamisme.

Pis, elles ne cessent ainsi d’étendre leur influence aux partis de droite au point d’entraîner parfois la confusion. Cette perméabilité des idées épargne d’ailleurs de moins en moins la gauche. L’évolution du discours sur les migrations a ainsi poussé l’Europe à fermer ses frontières et à les externaliser autant que possible. Et les progressistes doivent aujourd’hui lutter de pied ferme pour empêcher que la porte ne se referme sur les demandeurs d’asile, ceux-là qui fuient les guerres et se retrouvent, pour des questions réglementaires et par manque de solidarité européenne, bloqués dans les pays européens du pourtour méditerranéen.

L’extrême droite gagne en puissance car elle réussit à imposer un glissement des normes dans la société. L’indicible d’hier peut aujourd’hui être prononcé sans provoquer de tollé et les alternatives font cruellement défaut ou n’arrivent pas à se faire entendre pour renverser la vapeur. Et pourtant elles existent. Ainsi, aux côtés des gesticulations d’un Salvini, le Premier ministre socialiste espagnol, Pedro Sanchez, montre que d’autres voies sont possibles. Plus de 60.000 migrants ont ainsi débarqué en Espagne depuis le début de l’année sans cris d’orfraie.

Face à cette situation, le «merde alors!» de Jean Asselborn sonne dès lors comme un acte de résistance, un «ça suffit» qui devrait en appeler de nombreux autres. Le soutien qu’il a reçu de la société civile luxembourgeoise, et notamment de la communauté italienne, est à saluer et à entretenir car la passivité revient à laisser le champ libre aux discours d’exclusion et de renfermement.