Représentation / Législatives

Jacques Hillion / Les législatives de 2018 marquent un tournant. La coalition sortante à trois est reconduite. En tout cas, tous les signaux vont dans ce sens puisque les pourparlers afin de définir un programme de gouvernement sont entamés sous la houlette du formateur et Premier ministre sortant, Xavier Bettel. Les conséquences sont évidentes pour le CSV. Même s’il cherche à temporiser en rappelant qu’il reste le parti le plus fort, il est évincé du pouvoir pour la seconde fois consécutive. Le moment est historique. L’église n’est plus tout à fait au centre du village, c’est la fin de l’Etat-CSV tel qu’il s’est développé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Quoi qu’il en soit, les valeurs portées par les chrétiens-sociaux, mais aussi celles défendues par les socialistes, ne séduisent plus autant l’électeur. Celui-ci se disperse, prend position pour défendre une qualité de vie que la réussite économique rend possible au lieu de s’attacher aux formes de solidarité sur lesquelles le LSAP et le CSV s’appuient. Le vote de dimanche est finalement à l’image de la mutation sociale que vit le Luxembourg. Les petits partis en ont ainsi profité. L’Ovni «Pirates» a créé la surprise, mais ce sont surtout les écolos qui ont emporté la mise.

Si cette évolution a des répercussions sur les partis traditionnels, elle se caractérise aussi par le fait qu’en termes de suffrages, seulement 37% de la population adulte résidente a pris part au vote. En ajoutant qu’un électeur n’a pas le même poids selon sa circonscription, des disparités apparaissent entre les partis. Ainsi, ce n’est pas celui qui perd le plus de suffrages qui voit le nombre de ses députés baisser en conséquence.

Les réflexions sur la circonscription unique sont donc indirectement relancées. L’électeur y est favorable. Les politiques prennent plus de distance par rapport à cette option car ils s’attachent à un régionalisme de moins en moins primordial dans le choix des électeurs. C’est donc la question du déficit démocratique qui se pose. Cette même question peut être scindée en deux: la représentation la plus fidèle possible de l’électeur au sein de la Chambre des députés et l’élargissement de la base électorale. Sur ce dernier aspect, depuis le référendum, les choses sont claires: le vote appartient aux Luxembourgeois.

Ce qui ne doit pas empêcher la réflexion sur les formes que peut prendre la représentation des citoyens, même si, aujourd’hui, les priorités sont à la formation du futur gouvernement. Ce dernier devra prendre en compte les intérêts de l’ensemble des résidents quelles que soient leur couleur politique et leur nationalité.