Remèdes pour le plein-emploi

Photo: Editpress / Didier Sylvestre

Marc Fassone – mfassone@le-jeudi.lu / L’emploi: vingt années splendides, dix années de rupture. Et trois propositions pour renouer avec le plein-emploi faites par la fondation Idea.

La fondation Idea – laboratoire d’idées proche, mais indépendant, de la Chambre de commerce – s’est penchée sur le marché du travail luxembourgeois. Un marché «intellectuellement» très intéressant et, surtout, très spécifique.
Ainsi, en théorie économique pure, il ne devrait pas connaître le chômage.
Pourtant celui-ci a non seulement toujours existé, mais il progresse fortement – toujours vis-à-vis des fondamentaux économiques – depuis la crise.
Une situation dont on ne pourra sortir, selon la fondation Idea, que si l’on adopte une feuille de route pour renouer avec «ce qui devrait être le but de toute politique de l’emploi: le plein-emploi», selon les mots de Marc Wagener, le directeur chargé des affaires courantes.
Pas de bonne prescription sans bon diagnostic. Et c’est Michel-Edouard Ruben, économiste maison, qui s’y colle.
Pour lui – et l’on retrouvera son analyse in extenso dans la publication d’octobre de l’Idée du mois intitulée 1985-2015: trois décennies d’évolution du marché du travail luxembourgeois –, ce cycle de trente ans peut se résumer en trois mots ou idées fortes: le dynamisme, la tertiarisation et l’apport étranger.
Le dynamisme, on le constate dans les chiffres: une progression de l’emploi salarié de 152% sur la période contre 25% en Belgique et en France et un ratio emploi/population de 70%, contre 50% en Allemagne et 40% en France et en Belgique. «Une hausse largement alimentée par les étrangers, résidents ou frontaliers et par une participation accrue des femmes au marché du travail.» La tertiarisation, elle, saute aux yeux: 80% de l’emploi est désormais concentré dans les services alors que les secteurs primaire et secondaire sont sur une pente décroissante. «Ce phénomène était déjà à l’œuvre dans les années 70, mais s’est accéléré depuis 1985» – date retenue comme celle de l’essor de la Place financière.
Dernier point: l’apport de l’étranger. Là aussi il apparaît comme une évidence puisque, statistiques à l’appui, 70% de l’emploi total est occupé par des non-nationaux, résidents ou frontaliers.

Posologie idéale

Trois mots sont également mis en avant pour souligner la situation spécifique du Luxembourg: un coût du travail élevé, un haut niveau de protection de l’emploi et une inadéquation entre l’offre et la demande d’emploi.
Les causes structurelles du chômage? Michel-Edouard Ruben ne va pas jusque-là. Pour ce qui est du coût du travail, il nuance l’analyse en précisant que si le coût est – trop – élevé, c’est surtout pour les postes les moins qualifiés. De même, s’il ne critique pas le niveau de protection de l’emploi – «au moins égal à ce qui se pratique en France» –, il souligne que le revers de la médaille tient en des freins à la création d’emplois.
Et pour l’inadéquation, il met en avant deux chiffres: 17.000 demandes d’emploi pour 5.000 postes déclarés à l’Adem. Et le fait que deux emplois créés sur trois demandent un niveau de qualification supérieur au bac.
Si les années de prospérité ont pu camoufler les causes du chômage structurel en en masquant les effets, la crise est passée par là. Et, depuis 2008, les principales victimes sont les plus de 50 ans et les non-qualifiés.
Pour Michel-Edouard Ruben, on est face à un effet ciseau entre la baisse du rythme de la création d’emplois et la hausse de la population active. Et la crise n’est pas un facteur déterminant…
Des remèdes existent. Des remèdes «universitaires» et non politiques, insiste-t-il. Il faut d’abord, selon lui, agir sur le coût du travail. Principalement en conditionnant l’indexation et les adaptations du salaire minimum à la situation de l’emploi.
Prescription complémentaire: alléger les charges patronales sur les bas salaires lors de l’embauche d’un chômeur estampillé Adem.
Pour ce qui est de la flexibilisation du travail, l’économiste ne prône pas la fin du CDI mais une nouvelle approche pour le CDD qui devrait être conçu comme un outil pour l’insertion des chômeurs. CDD dont il faudrait assouplir les conditions de recours.
Pour ce qui est de la politique de l’emploi, Idea souhaite une réforme de l’Adem dans le sens d’un meilleur accompagnement du demandeur et de meilleures relations avec les entreprises. La fondation souhaite également un audit complet des diverses mesures existantes afin de ne conserver que celles «qui augmentent significativement la probabilité d’un retour vers l’emploi».

1 commentaire

  1. ben voyons le cout du travail toujours le cout du travail et si on innovait pour de bon et partageait le travail en passant aux 35 heures; ou bien si on donnait l indexation en 2015 pour que les gens puissent consommer et faire repartir la machine
    il ne faut pas oublier que pour que l economie marche il nous faut du pouvoir d achat et la niet un an a travailler sans un centime de plus