Refuge/Marie-Anne Lorgé

«En partant ce vendredi soir, il était bien content de pouvoir se réfugier dans le week-end. Il utiliserait le samedi et le dimanche comme deux grosses couvertures»: cette délicatesse décrite par le romancier David Foenkinos, je l’ai prise à la lettre, contrainte et forcée par une grippe, ce virus qui ne souffre aucun bruit, aucun effort, si ce n’est celui de se noyer dans les plumes.

Enfant, le refuge, c’est une autre histoire. Faite de branches sous un arbre, où garder le chagrin au chaud, le tenir secret, juste partagé par les oreilles du vent, de l’écureuil ou de l’oiseau – l’imagination fait le reste…

Plus tard, c’est l’inconnu qui prend le relai, avec une dose de frisson comparable à celle d’un saut à l’élastique.

Mais, beaucoup plus tard, arrive le temps où l’on se cache de ce que l’on sait. Les plus pudiques (planqués dans la commode du politiquement correct) préfèrent éviter la

vérité… parce qu’elle est nue. D’autres, aussi nombreux, se réclament du confort qu’est l’ignorance.

C’est que l’inconnu qui fait peur a pris une autre tournure. Celle d’une ligne «au-delà de laquelle la souffrance présente cessera d’exister» (dixit Milan Kundera) et celle d’un homme obsédé par cette ligne… au point de se jeter à la mer. Il suffit de peu pour passer de simple inconnu à celui d’ennemi. Alors, on se contente d’attendre.