Réforme fiscale US et actions / vu des marches

Donald Trump se livre à une véritable course contre la montre pour faire adopter son projet de réforme fiscale avant la fin de l’année. Le Sénat doit maintenant voter sa propre version du projet de loi, une véritable gageure pour la fragile majorité républicaine (52-48).

Selon JP Morgan (JPM), le marché évalue à 20-30% les chances qu’une réforme soit adoptée dans un avenir proche. La banque américaine y voit quant à elle une plus grande probabilité compte tenu de l’accélération du processus observée récemment. Si ces réformes venaient à voir le jour, elles auraient, selon toute vraisemblance, un impact positif sur les actions. Le débat est déjà source d’agitation au niveau des prix, même si les effets positifs supposés des réformes ne se reflètent pas encore dans les prévisions de bénéfices. Pour le S&P500, les analystes tablent sur une croissance des bénéfices de 12,4% en 2018. Selon JPM, la réforme fiscale pourrait venir gonfler ce chiffre de 8%. Voilà qui donnerait un véritable coup de fouet aux marchés actions.

La réforme attendue vise à ramener l’impôt sur les sociétés à 20%. Les grands bénéficiaires seraient les sociétés implantées aux Etats-Unis, qui se voient appliquer actuellement un taux effectif d’imposition (TEI) élevé, par opposition aux multinationales américaines qui réalisent une large part de leurs bénéfices à l’étranger (sociétés technologiques, pharmaceutiques, consommation de base), et qui bénéficient d’un TEI plus faible.

Les valeurs de rendement (par exemple les banques régionales) devraient davantage tirer leur épingle du jeu que les valeurs de croissance (telles que les multinationales du secteur technologique), qui surperforment depuis le début de l’année. Aussi les réformes pourraient-elles être le catalyseur d’une rotation vers les valeurs de rendement. Mais également un facteur de soutien pour les petites capitalisations américaines, en particulier face à leurs homologues de plus grande taille qui, déjà, ont cédé un peu de leur avance. Les sociétés à fort effet de levier pourraient en revanche être lourdement pénalisées si la proposition de plafonner à 30% de l’EBITDA le montant déductible des charges financières (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement) venait à être adoptée.

Certes, une surprise positive reste envisageable, mais ne dit-on pas que le diable se cache dans les détails? Et ces détails, justement, sont à la merci des partisans de la rigueur au Sénat. Pour ceux qui oserons parier sur l’adoption du projet de loi, à contre-courant du consensus, seul le temps nous dira s’il est vrai que «la chance sourit aux audacieux».

Fredrik Skoglund

Banque Internationale à Luxembourg