La question sociale / l’Europe, ça s’explique

Le PIB de notre planète devrait avoisiner les 80.000 milliards de dollars en 2017. Les pays émergents sont les plus performants avec des taux annuels de croissance économique qui peuvent, selon les cas, osciller entre 5 et 15 pour cent. Les économies matures de la zone Euro qui ont mis longtemps pour sortir de la crise, font, elles aussi, preuve d’une meilleure performance dans ce domaine. Nombre d’indicateurs font naître, sauf accident de parcours, l’espoir d’une reprise durable. Est-ce à dire que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes? Loin s’en faut. Le fossé entre riches et pauvres a tendance à augmenter dans tous les pays, y compris chez nous.

Les responsables politiques ont beau déclarer que la globalisation est en grande partie à l’origine de la précarisation de couches entières de la population, cela ne satisfait personne. Au contraire, le mécontentement se manifeste dans la rue et dans les urnes. Le résultat des élections législatives en Italie, dimanche dernier, en est la plus récente confirmation. Quant à la globalisation, si le discours dominant ne convainc que peu de monde, c’est qu’elle est bel et bien l’une des causes majeures des inégalités qui sont en train de miner la cohésion sociale. Certes, on ne désinvente pas la globalisation, mais on peut tout de même essayer de lutter contre les excès de celle-ci à condition d’y remédier dans un cadre décisionnel approprié. L’action politique au plan national, aussi indispensable soit-elle, peut, dans une certaine mesure, en atténuer l’impact, sans pour autant être en mesure d’éliminer les facteurs majeurs de la détérioration de la situation sociale dont souffrent de nombreux citoyens. Or la lutte contre les excès de la globalisation est un combat à armes inégales. En effet, si nos systèmes de production et d’échanges s’inscrivent progressivement dans une logique multilatérale, voire planétaire, l’action susceptible de protéger le citoyen contre les effets négatifs de cette évolution reste enfermée dans un cadre d’action national ou local. Là où une démarche concertée et solidaire de l’UE fait défaut, nos citoyens ont peu d’espoir de voir leur situation s’améliorer durablement. En clair, tant que les Vingt-Huit tarderont à se doter d’une politique sociale à l’échelle européenne, leurs citoyens resteront exposés sans véritable défense à la détérioration de leurs conditions de travail.

En pareille circonstance, on compte avant tout des perdants et parmi eux en premier lieu les victimes du dumping social. Mais il y a aussi des gagnants. Ils s’appellent LEGA Nord, Front national, FPÕ et UKIP, entre autres… Souvent qualifiés d’eurosceptiques, de populistes, de souverainistes ou de mouvements d’extrême droite, ils s’opposent au moindre transfert de compétences à l’échelon européen lequel transfert de compétences étant pourtant indispensable pour permettre à l’Union européenne d’agir. D’un côté, les eurosceptiques font tout pour refuser à l’Union européenne les moyens d’intervenir tout en ayant le culot, de l’autre côté, de dénoncer l’inaction de la même Union européenne.

Ce comportement témoigne d’une rare mauvaise foi. Néanmoins, ce n’est pas une raison pour baisser la garde devant l’impérieuse nécessité de poursuivre la construction européenne. On cherche, en vain, il est vrai, le feu sacré qui a été à l’origine de l’Union européenne. Pour le redécouvrir, il suffit de traverser la Manche où vous pourrez encore rencontrer par millions des citoyens qui ne jurent que par l’Europe.

Charles Goerens