Quand Luxembourg faisait rocker le monde

490_0008_11241876_Georges_LangGeorges Lang fête les 40 ans des «Nocturnes», nées à la Villa Louvigny.

L’animateur de RTL garde toutes ses attaches au Grand-Duché.

Ce n’est pas qu’il la déteste, sa voix, mais il ne la trouve pas assez chaude, comme ces voix graves américaines qu’on entend sur les stations FM. Et puis, il est perfectionniste; en matière de son, il sait de quoi il parle. Alors il la travaille, utilise un vieil ampli à lampes pour qu’elle ait le timbre idéal.

Quand il parle à son micro, ce n’est pas le ton d’une conversation entre amis. Georges Lang fait de la radio, tout simplement. Il module sa voix douce, rassurante, qui berce les nuits des auditeurs de RTL France depuis quarante-deux ans, dans un cocktail de musique pop-rock.

[cleeng_content id= »394557592″ description= »Pour lire la suite de cet article, vous avez la possibilité de l\’acheter à l\’unité ou via un abonnement » price= »0.49″ t= »article »]En mai 2013, il a fêté les 40 ans des «Nocturnes» sur la première radio de France. Un record. Avec Johnny Hallyday comme invité. Drôle de casting? Lang sourit: «Johnny et moi, nous aimons à peu près les mêmes choses, c’est ça, le lien. Johnny est venu une heure avec sa programmation, n’a pas voulu me voler la vedette.» L’émission était diffusée depuis le siège de RTL à Paris, 22, rue Bayard, d’où les émissions de nuit sont désormais produites depuis 2001, à l’instar des émissions de jour. Toujours domicilié au Luxembourg, Georges Lang fait la navette le plus souvent possible.

Paris, ce n’est pas son idéal. «Je n’ai pas envie de devenir un Parisien. Je finirai ma vie au Grand-Duché, c’est sûr, mais je continuerai à voyager beaucoup», sourit «baby face», comme ses amis américains se plaisaient à l’appeler dans les années 70. Il a toujours la même bouille, d’ailleurs. Le cheveu un peu moins fourni, plus argenté. Et une simplicité à servir en exemple aux vedettes météores du paysage audiovisuel. La télé aurait pu lui donner le melon; il en a fait beaucoup. D’abord pour RTL Télévision, à Luxembourg, où il animait le quasi mythique «Chewing Rock», la seule émission qui colle aux oreilles. De présentation en production, il a fourni des chaînes belges et françaises, et fut le premier à l’antenne sur M6 lors de son lancement.

On lui a suggéré alors de faire un choix, entre le tube cathodique et le transistor, comme on disait encore. Mais était-ce vraiment un dilemme? La radio n’était pas une option… juste une passion, comme la musique. Georges Lang a eu la chance, sans doute, et le talent, certainement, de pouvoir conjuguer les deux pour en faire son métier.

A bientôt 67 ans, il ne raccroche pas. «Je ne fume pas, je ne bois qu’avec les repas. Je me sens en pleine santé. Je ne me suis pas fixé de limite. Mais ça dépendra aussi des gens qui m’emploient.» Comme un simulacre d’exécution, il a déjà fait son émission d’adieu… il y a treize ans. Viré par l’équipe de Stéphane Duhamel, qui voulait rajeunir RTL, il fut de la même charrette que Bouvard et Fabrice.

Vite réintégré, il a repris son métier solitaire «et sauvage», la nuit, à travers la FM, et surtout les ondes longues, par lesquelles tout a commencé. C’était à Luxembourg. La Villa Louvigny était encore le siège des télévisions et radios de RTL, dans une atmosphère à la fois familiale et expérimentale qui ferait trembler de rage un manager d’aujourd’hui.

«Sans Luxembourg, les « Nocturnes » n’existeraient pas, constate-t-il simplement. Tout ce qui est né ici a fait école, que ce soit en télé ou en radio. Quand je suis arrivé à la Villa Louvigny, bâtiment plutôt austère qui n’avait rien de rock’n roll, j’ai côtoyé les plus grands DJ anglo-saxons qui animaient Radio Luxembourg, le fameux « 208 » [dire « two-o-eight »]. C’était la plus grosse radio commerciale anglaise. Ils venaient tous des radios pirates ou des USA. A l’époque, il y avait trois références en radio: Dallas, Hilversum (Pays-Bas) et Luxembourg. Ils ont été mes maîtres.»

«Ons Heemecht», version Streisand

Issu de cette école, Benny Brown officie encore sur RTL 92.5. Mais la chute des monopoles, en France comme au Royaume-Uni, a rapproché les animateurs de leur public cible. Georges Lang fait donc le grand écart entre Luxembourg et Paris. «J’ai travaillé vingt-huit ans ici. La dernière fois que je suis allé à la Villa Louvigny, lors d’une interview pour Bel-RTL, j’ai retrouvé mon studio transformé en bureau de la Sécurité sociale. C’est de là qu’à mes débuts, on fermait l’antenne à 3.00h du matin. Ce n’est que plus tard qu’on a prolongé jusqu’à 5.00h. Et quand on clôturait les émissions, mon collègue Bernard Schu ou moi, nous devions passer l’hymne national, le Heemecht. On trouvait ça austère, c’était comme passer La Marseillaise en France, alors en bons rockeurs rebelles, on l’avait un peu arrangé, en montage avec la voix de Barbra Streisand qui disait « good night! ». J’ai travaillé ensuite pendant dix ans au Kirchberg. Les installations étaient somptueuses.»

Mais c’est sans doute chez lui que Georges Lang se sent le plus à l’aise. Après avoir hanté Bonnevoie puis Belair, il a posé ses cartons à l’est de Luxembourg. Sa maison abrite son propre studio, où il réalise une partie de ses émissions, avec une formidable matière première: les 350.000 disques de sa collection personnelle.

Son rêve, c’est de pouvoir faire ses émissions depuis son domicile, comme les grands DJ californiens, chez qui il continue d’aller chercher l’inspiration. En fait, il fait le même métier qu’il y a quarante ans, mais pas de la même manière: les moyens techniques ont évolué, tout est numérisé, les sons ne sont plus les mêmes, mais on peut tout retravailler.

Ecouté par des jeunes entre 15 et 25 ans, comme par leurs parents et grands-parents, Georges Lang s’amuse de l’engouement des ados pour les morceaux d’il y a vingt ou trente ans: «On dirait qu’en matière musicale on a fini par se mordre la queue.» La pérennité d’une mélodie ou d’un tempo n’a rien de surprenant pour lui, qui a été converti à la musique par les rythmes de Ray Charles, puis d’Elvis. Il adore aujourd’hui Beth Hart et Jonathan Wilson, et voue une admiration particulière à Lady Antebellum. Il a fait graver dans une collection CD les morceaux qui lui paraissent essentiels car, il le sait, la radio, malgré les podcasts, c’est la culture de l’éphémère. Alors, il continue à donner de la voix, jusqu’au bout de la nuit.

Thierry Nelissen[/cleeng_content]