Quand le sable désaltère/Un nouveau recueil d’Eric Brogniet

L'ouvrage revient sur le travail du sable et de la lumière

Poète, critique, essayiste et membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, Eric Brogniet a l’œuvre abondante et profonde.

Son nouvel ouvrage revient sur le travail du sable et de la lumière.

Parfois, il n’en faut pas beaucoup pour qu’un poème tienne, fût-ce sur le sable. Trois lignes suffisent. Sahariennes opère dans ce sens avec une économie remarquable. Quelques mots posent le décor minéral dans lequel s’élabore l’essentiel d’un dialogue avec une sorte de vide visité: «Concrétions basaltiques/ Ocres/ Rocs rouges».

Au cœur de l’oasis

Plus d’ailleurs que de dialogue, c’est de mémoire dont il est question ici, de reconstruction dans le feu et la lumière, dans les «graphies de l’Histoire» où la consistance minérale du monde et, moyennant quelque «secrète transaction», la caravane des mots fraient obstinément leur chemin «Dans l’ellipse/ Qui lacère/ Ce qui déblaie – vers quoi?».

A vrai dire, c’est toujours dans un contraste que les choses opèrent, avec, perpétuellement, une «Conscience/ Du vivant et du néant». Tout en effaçant, agité par le vent brûlant ou la perception vivante des choses, le sable reconstruit – effaçonne comme l’aurait dit Jean Portante – et rappelle qu’entre «Erosion, progression/ Etre/ N’est pas bloc». Une manière, en somme, d’asseoir le parcours dans un décor en mouvement constant et de se construire dans l’absence absolue, celle du désert et du sable.

Evidemment, ces thèmes récurrents et ces «éblouissements» se retrouvent aussi dans la seconde partie, Célébration de la lumière. On est ici au cœur de l’oasis dans lequel, avec ses «fougères/ Soleilleuses et nues/ Comme la vie», l’écriture se fait plus ample, plus épanouie. Parfois, des accents rimbaldiens («Ombelles voix lumineuses/ Sentiers pleins d’air/ Aux mouches d’or») scandent cette section plus apaisée peut-être, mais tout aussi densément tendue vers la beauté dans la blancheur emmêlée de la vie et de la mort.

Un désert qui, pour un temps, ne manque pas d’étancher la soif de celui qui l’arpente.

Paul Mathieu

[stextbox id= »info » caption= »«Sahariennes». Suivi de «Célébration de la lumière», Al Manar, 2015, 70 pages. »]«Sahariennes». Suivi de «Célébration de la lumière», Al Manar, 2015, 70 pages.[/stextbox]