Provence en fête

490_0008_11240640_provenceL’été sera chaud à Marseille, à l’entour et jusqu’en Avignon même!
Bien ardu de résumer en quelques milliers de signes une opération artistique vaste comme une transhumance colorée, énorme. Tentons l’aventure quand revenu de là-bas, tête pleine et regard envahi d’explosions plastiques, nous nous devons de vous donner l’envie d’y aller à votre tour. Vous ne pourriez rêver mieux cette année. Et pour cause!

Parlons d’Avignon d’abord. De son palais des Papes, majestueux, féerique, que son exposition estivale Les Papesses, initiative d’Yvon Lambert, qui la double en sa Fondation, permet de visiter presque de fond en comble, cinq grandes dames de l’art montées au créneau. Des Papesses, et quoi encore! L’histoire renvoie à une légende médiévale antérieure à la venue des papes en Avignon. En surgit Jeanne la Papesse enceinte et défunte en même temps que son enfant mort-né. Exit donc d’une papesse non voulue, mais non des cinq femmes de tête et d’angoisses qui, quelques siècles après, ont violenté le monde de l’art de leurs inquiétudes, de leurs déterminations à ne s’en point laisser conter, maîtresses d’un art de sublimer le subconscient par des formes emplies d’existentiel.

[cleeng_content id= »178390347″ description= »Pour lire la suite de cet article, vous avez la possibilité de l\’acheter à l\’unité ou via un abonnement » price= »0.49″ t= »article »]Camille Claudel, Louise Bourgeois, Kiki Smith, Jana Sterbak, Berlinde De Bruyckere. Œuvres monumentales au Palais, petites sculptures et œuvres sur papier à la collection Lambert. Et, des deux côtés, des dialogues constants, parfois musclés, entre des dizaines de pièces à conviction, emblématiques ou plus intimistes. Pas de quoi s’ennuyer ni regretter une visite riche en surprises (jusqu’au 11 novembre).

Au jeu, futile peut-être, des comparaisons, Bourgeois et De Bruyckere enlèvent des parties qu’elles agitent de leurs énormités, d’audaces qui plongent à l’intérieur de soi. C’est dire si Avignon n’aura jamais autant transpiré que cet été, les cinq «Papesses» en remontrant aux hommes avec efficacité!

A Marseille, changement de décor et d’amplitude des démonstrations. Au corps-à-corps avignonnais, le Musée d’Art contemporain phocéen, le MAC, oppose, avec Le Pont (jusqu’au 20 octobre), le regard de 145 artistes qui, pour la plupart, ont vécu le phénomène, les souffrances, de la migration. Ils s’en expliquent par le biais de pièces – peintures, photographies, vidéos, sculptures, installations – peu ou prou chargées de dynamite, explicites (certaines plus conceptuelles) des aléas d’une vie restructurée dans un nouveau monde idéalisé, qui n’a pas toujours répondu aux attentes. C’est à voir au Mac et dans 27 lieux disséminés dans la ville.

Bouteilles à la mer

Un Mac qu’apostrophe en son entrée cette phrase de Julien Blaise: «Il est encore temps de rebrousser chemin». Ce qui serait une grave erreur. Une œuvre de Claire Fontaine y bouscule les consciences. Tracée à l’aide de brûlis d’allumettes, elle énonce: They Hate us for our Freedom. Une tête de noir couché de Marlène Dumas, Downed, appuie sur le clou. De Jarg Geismar, installation de bouteilles à la mer: Message in the Bottle from me to you et, de Barthélémy Toguo, Road to Exile II, embarcation d’émigrés chargée de tout. De Basquiat, King of the Zulus, acryl, pastel, collages. De Jimmie Durham: A Stone Asleep in Bed at Home, l’art dénonce, inscrit l’homme dans l’histoire.

Une histoire éternelle que le MuCEM, Musée des civilisations, raconte en long et en large au gré d’objets et films superbes, avec vue sur la Méditerranée. Création architecturale novatrice, façade rayonnante et audacieuse, avec pont de fer pour une pénétration du haut de la ville, ce MuCEM vous dira tout sur la Méditerranée d’hier et surtout de demain. Musée en marche, il est l’œuvre de Rudy Ricciotti.

De l’autre côté, que l’on gagne en bateau chaque week-end, la Digue du large, accessible pendant l’année marseillaise, a été investie par Les Terrasses de Kader Attia. Des formes géométriques de diverses hauteurs, à voir de loin pour leur attentive, épurée, contribution à l’image des toits terrasses traditionnels méditerranéens. Des «Terrasses» à escalader pour voir la mer… ou s’y reposer l’œil vers le MuCEM. Il nous reste, sans avoir tout épuisé, à signaler l’intervention heureuse du designer français Ora Ito qui, en rachetant la terrasse de la célèbre Cité radieuse de Le Corbusier et en y installant son Mamo, centre d’art et de création en plein ciel, rend vie nouvelle à un lieu en perdition. Pour sa première implication à Marseille, il a convié Xavier Veilhan à y intervenir avec ses Architectones. De quoi rendre un sobre et digne hommage au bâtiment et à son architecte. Marseille n’a pas fini de surprendre.

Roger Pierre Turine

Marseille-Provence 2013 accueil et infos au Pavillon M:

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