Programmations créatives

Jean-Louis Schlesser /Le centre culturel Trifolion d’Echternach a programmé pour le 20 avril un entretien entre un sulfureux agitateur populiste allemand du nom de Thilo Sarrazin et Manfred Osten, un intellectuel multicartes, ancien diplomate, musicien, auteur, spécialiste de Goethe.

Osten a mené ce genre de débat avec la totalité du Gotha intellectuel allemand. Au Trifolion, il s’était déjà entretenu avec Sarah Wagenknecht, qui était venue en voisine, étant la compagne du Sarrois Oskar Lafontaine, une figure de proue de la gauche radicale et anticapitaliste allemande qui vit à Merzig.

Oskar est une sorte de Mélanchon à l’allemande, moins tapageur et plus honnête, un radical qui a tourné le dos aux sociaux-démocrates non pas parce qu’on ne l’a pas nommé ministre comme ce fut le cas pour Méluche, mais justement parce que, ministre dans le premier gouvernement Schroeder, il n’avait pas voulu jouer le jeu des compromissions. Voilà, pour situer une partie du contexte.

Thilo Sarrazin est loin d’avoir l’envergure intellectuelle de son partenaire de discussion. C’est un vil polémiste tourmenté par la vieille obsession allemande que, primo, l’Allemagne ne sera bientôt plus l’Allemagne et que, secundo, l’Europe sera absorbée par des vagues successives de gens au teint hâlé et à la chevelure noire venant d’Orient.

Sarrazin voit la «déchéance de l’Occident» en termes apolitiques. A son racisme ethnique se joignent un racisme social et un manque d’empathie envers les non-nantis de nature quasi pathologique. Il a écrit des livres qui se sont vendus à des centaines de milliers d’exemplaires.

Le 20 avril 2016, Hitler aurait eu 101 ans. Mettons que les gens du Trifolion, le combatif bourgmestre CSV d’Echternach en tête, n’aient pas eu l’intention de célébrer cet anniversaire à leur façon, en donnant la parole à un incendiaire de l’extrême droite.

Importer ce produit breveté de l’hystérie allemande pour une soirée en nos terres grand-ducales me semble être néanmoins d’un goût douteux et d’une utilité réduite pour ce qui est de la qualité du débat citoyen.

Dans la mise en œuvre d’une programmation créative et originale, la Chambre de commerce britannique à Luxembourg n’avait pas voulu être en reste. Elle avait invité l’homme qui, s’il devait avoir accès au pouvoir politique, rendrait ladite Chambre obsolète et ferait en sorte que beaucoup de business people de nationalité british retraverseraient définitivement le channel, direction UK: à savoir Nigel Farage, président de Ukip.

Cet homme déteste avant tout une chose: l’Europe et ses fonctionnaires mais dit apprécier, à cause de son humour, une de nos vieilles connaissances résidant maintenant à Bruxelles, Jean-Claude Juncker.

Farage, désavoué lors des élections législatives, est à la tête d’un parti ouvertement raciste, misogyne, réactionnaire, homophobe qui plaide pour une sortie de l’Union de son pays, tout en étant membre du parlement de cette même Union. Il est comparé souvent à Sam l’Aigle, figure du Muppet Show.

D’autres pensent qu’il a physiquement des affinités avec Mr. Bean, proximité qu’on retrouve également dans son côté gaffeur.

Les sites internet qui répertorient ses gaffes – blunders – et celles des membres de son parti sont nombreux. Avec Farage, les British n’ont pas reculé devant l’absurde mais, apparemment, tout le monde a fait semblant de prendre ce lunch au sérieux alors qu’à mon avis, c’était un hoax – un canular.

J’espère que nous aurons encore souvent l’occasion de profiter d’efforts de programmations créatives de cet acabit. Les candidats ne manquent pas.

 

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