Presse écrite et réseaux sociaux : les nouveaux médias fleurissent en 2018

French journalist Patrick de Saint-Exupery posing in the office of new weekly magazine Ebdo

Nouveaux hebdomadaires en kiosque, webtélés et vidéos virales pour les réseaux sociaux: les projets de nouveaux médias fleurissent en ce début d’année en France, souvent en s’appuyant sur des campagnes de financement participatif.

Un des plus ambitieux projets lancés ces dernières années en presse écrite, Ebdo, qui sort vendredi son premier numéro, a été créé par l’équipe des revues XXI et 6mois, qui se sont déjà taillées une solide réputation journalistique.

Ebdo se veut indépendant et espère redonner l’envie de lire la presse papier à des lecteurs saturés d’informations, à grands renforts de reportages approfondis et en donnant la part belle à l’image (photos, infographies…). Comme la revue XXI, Ebdo, vendu 3,50 euros en kiosque, fonctionnera sans publicité. Son lancement a été financé via les souscriptions des lecteurs et en levant des fonds auprès d’investisseurs, dont le groupe de presse Bayard.

A noter que Bayard prévoit lui-même de lancer à l’automne 2018 un nouvel hebdomadaire, associé au quotidien La Croix dont il est propriétaire, et avec lequel il pourrait être distribué. Conçu par un ancien journaliste de franceinfo, Vraiment est un autre projet d’hebdomadaire généraliste, dont la parution est prévue en mars. Il veut apporter des informations complémentaires, sous forme d’articles longs, aux lecteurs qui suivent déjà l’actualité au quotidien.

L’équipe inclut d’ex-conseillers ministériels d’Emmanuel Macron et de Michel Sapin à Bercy, mais défend la « neutralité » politique du journal. Comme pour Ebdo, son financement mêlera une campagne auprès du public et un recours à une vingtaine d’investisseurs privés, dont Bernard Mourad, l’ex-responsable du pôle médias du groupe SFR et fondateur du nouveau média vidéo Loopsider.

Lancé par des membres ou des proches de La France Insoumise, Le Média proposera à partir du 15 janvier un journal télévisé quotidien, qui sera diffusé en accès gratuit à 20H00, exclusivement sur son site lemedia.tv. Il se veut un média « citoyen » (il a été financé intégralement par les abonnements de ses membres, les « socios », qui peuvent participer à l’élaboration des contenus selon un modèle collaboratif), et « engagé » en faveur de causes progressistes, tout en se défendant d’être une « télé-Mélenchon ».

Pendant de droite du Média, cette webtélé portée par l’avocat Gilles-William Goldnadel (chroniqueur au Figaro et Valeurs Actuelles, et dans « Les Terriens du dimanche » sur C8), l’écrivain André Bercoff (également présentateur à Sud Radio) et le journaliste Eric Brunet (RMC, Valeurs Actuelles…), devrait être lancée en janvier ou février 2018 selon le site spécialisé Puremedias. Ce sera une chaîne « sans ligne et sans parti pris », a précisé André Bercoff au Point. Ce nouveau média de vidéos en ligne 100% réseaux sociaux devrait voir le jour en janvier.

Sur le modèle de Brut en France ou AJ+ aux Etats-Unis, il proposera des vidéos d’information, principalement sur Facebook, traitant de thématiques de société, d’environnement et de santé. Destiné aux « millenials », ce média a été créé par l’ex-numéro deux de Libération Johan Hufnagel, l’ex-responsable du pôle médias du groupe SFR, Bernard Mourad, l’ancien directeur général de Dailymotion Giuseppe de Martino et Arnaud Maillard, ex-patron du numérique chez Discovery (Eurosport). Il s’appuiera sur une équipe de 15 équivalents temps plein (ETP).

Parmi les premières vidéos testées sur Facebook sous un nom de code, celle montrant un obstétricien brésilien qui fait danser des femmes sur le point d’accoucher a été vue plus de 7 millions de fois.

Lancé par un « ex » de Libération, Sylvain Bourmeau, ce « micromédia » disponible par abonnement publiera à partir de fin janvier trois longs articles par jour en semaine: une analyse, une opinion et une critique d’auteurs variés, trois genres dont les initiales donnent leur nom au site. Un grand entretien sera publié le samedi, un texte de fiction le dimanche. « Le but est de faire écrire les bonnes personnes dans les 48 heures qui suivent une actualité », selon Sylvain Bourmeau.

Ebdo défendra « un journalisme simple, accessible » (Patrick de Saint Exupéry)

 

Le journaliste Patrick de Saint Exupéry, lauréat du Prix Albert Londres en 1991, plaide pour un journalisme « simple, accessible », dans Ebdo, un nouvel hebdomadaire papier qu’il a cofondé et dont le premier numéro sera disponible vendredi en kiosque.

Q. Vous promettez de proposer le « meilleur du journalisme »?

R. « Notre idée du meilleur du journalisme c’est un journalisme simple, accessible, c’est un journaliste qui parle à ceux à qui il s’adresse, aux lecteurs. C’est trouver les mots qui justement font que le lecteur va comprendre l’exercice journalistique. Et parfois aujourd’hui, l’exercice journalistique est devenu incroyablement sophistiqué, donc la proposition de l’Ebdo, c’est quelque chose d’extrêmement simple. C’est être capable d’énoncer le monde dans des mots que le lecteur va pouvoir lire. Avoir de l’expertise qui ne soit pas experte ».

Q. Pourquoi avoir choisi de faire un journal seulement en papier?

R. « On n’est pas dans la pioche, on n’est pas dans la vitesse, on n’est pas dans la surinformation. C’est un cadre défini, il y a 30 mots d’écrits, il n’y en a pas 31, donc c’est quelque chose de très fort, le support papier est celui qui permet le mieux la mémorisation. Et ça c’est quelque chose qu’on a parfois un peu oublié parce qu’on est séduit par la nouvelle technologie et c’est très bien la nouvelle technologie, il y a tous ces avantages, mais ce n’est pas parce qu’il y a les avantages de la nouvelle technologie que les anciennes technologies sont vouées à disparaître ».

Q. En quoi Ebdo, qui s’inscrit dans les traces de la revue XXI que vous dirigiez, va être différent d’un autre hebdomadaire?

R. « On lance les choses très en amont, on ne cherche pas toujours à justifier la nécessité des sujets par rapport à l’actualité. C’est ce qu’on a appris à faire avec XXI (…) C’est une proposition différente. Et face à cette proposition différente, tout va tenir dans l’accueil du public, c’est clair, c’est une offre qui n’existe pas, donc la réaction du public va être déterminante pour l’avenir et l’histoire d’Ebdo (…) C’est toute la difficulté de cette proposition. C’est un objet qui va surprendre d’une manière ou une autre ».