Un premier pas… / Visite d’Etat en France

Jacques Hillion /Tapis rouge, escorte montée, Garde républicaine… la République a accueilli avec le faste qu’il se doit le couple grand-ducal accompagné par une bonne partie du gouvernement et une très forte délégation économique. Une telle visite d’Etat ne s’était plus produite depuis quarante ans, il fallait donc marquer le coup.

L’accueil fut d’autant plus chaleureux qu’il fut à la hauteur de la francophonie et de la francophilie luxembourgeoises que le Grand-Duc Henri a eu l’opportunité de souligner à
Paris.

Si cette visite fut l’occasion de célébrer l’amitié entre les deux voisins, pour les Lorrains, en revanche, c’est la douche froide.

Certains des édiles lorrains avaient en effet espéré la mise en place d’une rétrocession fiscale à la manière des processus existant déjà entre la Belgique et le Luxembourg ou encore entre la France et la Suisse.

Le retour de bâton est d’autant plus violent que pour certains la redistribution d’une partie des impôts sur le revenu payés par les frontaliers au Luxembourg était acquise. Amère désillusion, la déception est comparable à la manne espérée. Forte, très forte. Faut-il pour autant y voir «une victoire de la diplomatie luxembourgeoise et une occasion historique perdue»?

C’est faire fi de progrès tangibles. La contrepartie obtenue par la lorraine n’est, en effet, pas des moindres, surtout vue du côté luxembourgeois où l’on veille en ces temps à ne pas froisser l’électeur qui surveille, parfois jalousement, la redistribution de la richesse nationale. Il n’en reste pas moins un investissement de 120 millions d’euros destiné à des infrastructures ferroviaires et des parkings relais.

C’était finalement ce qui était prévu entre Luxembourg et Paris, le séminaire intergouvernemental se contentant de sceller ce partenariat. Car, oui, le Grand-Duché préfère discuter d’Etat à Etat. Les élus locaux français s’en trouvent peut-être dépités – et les frontaliers peut-être encore plus car on parle de projets à dix ans, ce qui n’améliorera pas leur quotidien –, mais cette visite en est une nouvelle fois la preuve même si les frontières sont aujourd’hui abolies et qu’il faut aussi penser au développement du territoire transfrontalier.

Certes, le Luxembourg aurait peut-être pu marquer plus fortement sa présence en dépassant la seule question du transport. La porte n’est pas fermée, comme on peut l’espérer de la très symbolique main tendue pour la fermeture de Cattenom.

La balle est maintenant dans le camp des élus lorrains. D’abord en s’adressant à Paris, car certaines questions demeurent, à l’instar du doublement de l’autoroute A31.

Mais aussi, comme le dit Roger Cayzelle, en élaborant des projets partagés de développement économique qui profiteront directement aux uns et aux autres.