Elles se sont toutes donné le mot: exposer des artistes luxembourgeois. Avec des surprises variables.

Hormis SUMO – dans les locaux de Wildgen, Partners in Law – et Michel Medinger – dont les photographies s’exposent dans l’Espace 2 de la galerie Clairefontaine, et dont on vous parlera dans notre édition prochaine, hormis aussi Doris Drescher qui sera à l’honneur à la Krome Gallery dès le 18 mars, la fausse bonne surprise concerne surtout l’accrochage proposé à la galerie Zidoun-Bossuyt. Qui laisse dubitatif. Quel en serait l’éventuel concept? Faire dialoguer deux artistes aînés avec deux artistes émergents, en veillant qui plus est à l’alternance femme-homme? Voilà qui manquerait d’épaisseur. Apparemment, le point de départ du tout serait les peintures «abstraites aux tendances monochromatiques» – surtout le bleu – de Claire Weides-Coos.
En tout cas, partant de là, saisissant au pied de la lettre l’image du tableau électrique, la jeune Sally Muller tire ses couleurs non pas du pot mais du strass, et du câble récupéré. Puis, sur une ligne plus disparate qu’éclectique, elle installe deux mannequins urbains, trempés dans de la résine, au beau milieu de la vitrine de la galerie. Ce, tout à côté d’une série de géométriques volumes d’alu peints fluo par Franck Miltgen – dont les Expansions grands formats s’exposent parallèlement à l’Abbaye de Neumünster –, tout perplexe de se trouver là, mais heureux aussi: «exposer chez Zidoun, ça ne se refuse pas et, peut-être, la galerie accueillant des artistes américains, serait-ce ainsi l’occasion… d’un échange?».
Face à ce fol espoir, voilà Arthur Unger, qui aurait disparu des radars – Zidoun a le nez pour ça, ayant déjà réveillé le sculpteur Will Lofy lors de la première Luxembourg Art Week: c’est Unger qui, dans les années 70, a inventé un procédé inédit, le pyrochimiogramme, permettant de conjuguer la magie du feu de l’Afrique avec le silence chinois ou oriental. Un brin de philosophie dans ce lot qui brillotte.

Le chaud et le froid

La belle surprise, c’est sans doute les retrouvailles avec le trop discret Simon Nicholas. De la peinture encore «où les frontières entre la réalité, la fiction et la représentation photographique sont remises en question».
Dans sa nouvelle série – présentée dans l’Espace 1 de la galerie Clairefontaine jusqu’au 16 avril –, la peinture regarde la peinture: le peintre Nicholas saisit les probables visiteurs du MoMa (New York) ou du Prado (Madrid) en train de regarder des tableaux – c’est une perspective à la fois réaliste et mémorielle ou mentale, atmosphérique aussi, où le public, comme une abstraction, se résume à des taches de couleurs; lesquels tableaux, identifiables ou non, et dans le désordre, observent le regardeur: celui qui peint et celui qui est peint, ou qui finit en peinture. Magnifique hommage gigogne.
Enfin, Tina Gillen (née à Luxembourg en 1972, vivant à Bruxelles) en est à sa 8e exposition à la galerie Nosbaum et Reding: dans Vanishing Point, elle nous parle toujours d’espace mais en y gommant l’élément architectural qui le signifiait, la maison. Elle prend davantage encore de distance, dématérialisant l’architecture en une plane et léchée construction de lignes, tout un réseau en suspension, qui, de plus en plus, s’évade, s’envole, jusqu’à rivaliser avec l’arc-en-ciel, et au-delà, jusqu’à se dissoudre dans la Terra incognita, cette abstraction d’abord poétique qu’est la nuit étoilée.
Parfois, un instantané photographique sert d’appui au voyage, Tina en sélectionne un fragment qu’elle isole pour le transformer en image énigmatique. Parfois, c’est une simple carte postale, aveugle et muette, où un mince filet peint en bleu comme une vague… nous ballotte comme une bouteille à la mer.

Marie-Anne Lorgé
* www.zidoun-bossuyt.com, http://galerie-clairefontaine.lu et www.nosbaumreding.lu.