Le Portugais Mario Centeno élu président de l’Eurogroupe

Le ministre portugais des Finances Mario Centeno a été élu président de l’Eurogroupe, a annoncé lundi le Conseil de l’UE dans un tweet.

Le nouveau président « prendra ses fonctions le 13 janvier 2018 », précise l’institution sur le réseau social. M. Centeno a été élu par ses pairs de la zone euro au deuxième tour de scrutin face au Luxembourgeois Pierre Gramegna, les deux autres prétendants s’étant désistés à l’issue du premier tour.

  Mario Centeno, un « Ronaldo de la finance » devenu capitaine de l’Eurogroupe

 

Le Portugais Mario Centeno, élu lundi président de l’Eurogroupe seulement deux ans après ses débuts en politique, a fait ses preuves au sein d’un gouvernement socialiste qui se targue d’avoir su concilier croissance et discipline budgétaire.

Les qualités de ce professeur d’économie de 50 ans, un homme « culturellement de gauche » mais souvent taxé de « libéral », ont été saluées y compris par l’ancien ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble, chantre de l’orthodoxie financière européenne, qui le décrivait en mai comme « le Cristiano Ronaldo de l’Ecofin », le conseil pour les Affaires économiques et financières de l’UE.

L’anecdote, abondamment relayée par les médias, contribue à en faire le visage du redressement du Portugal, un des maillons faibles de la zone euro ayant dû recourir à un plan d’aide internationale pour surmonter la crise de la dette. Deux ans après l’arrivée au pouvoir des socialistes, grâce une alliance inédite avec la gauche radicale, le pays affiche un déficit public au plus bas en 43 ans de régime démocratique, une croissance au plus haut depuis l’année 2000 et un taux de chômage redescendu à des niveaux d’avant crise. « L’expérience récente du Portugal montre qu’il est possible en Europe de concilier des objectifs de redressement budgétaire et de croissance », a fait valoir M. Centeno la semaine dernière, en annonçant sa candidature à la succession du Néerlandais Jeroen Dijsselbloem.

Son objectif, a-t-il ajouté, est de « contribuer à la formation des consensus nécessaires pour compléter l’Union économique et monétaire » et faire de l’euro « un instrument de promotion de convergence économique et sociale ». Fils d’un employé de banque et d’une fonctionnaire de la Poste, cet amateur de rugby et de cuisine a grandi dans la région de l’Algarve (sud) avant de partir à Lisbonne à l’âge de 15 ans pour faire ses études. Diplômé de la prestigieuse université de Harvard, cet homme aux cheveux poivre et sel et aux yeux cernés dit avoir été marqué par ces années de formation, pendant lesquelles il s’est intéressé à la microéconomie. « Je suis devenu beaucoup plus sensible aux liens entre l’économie et les personnes, explique-t-il. Parfois, la macroéconomie oublie qu’il y a des gens de l’autre côté ».

De retour à Lisbonne avec son épouse et ses trois enfants, il entre à la Banque du Portugal comme économiste, puis devient directeur adjoint du département des études économiques. « C’était un jeune homme calme, affable, intelligent et techniquement bien préparé », se rappelle Luis Campos e Cunha, ancien vice-gouverneur de la banque centrale. Rien ne le prédestinait à une carrière politique jusqu’au moment où l’actuel Premier ministre Antonio Costa lui demande d’écrire le programme économique du Parti socialiste et de se présenter aux législatives de 2015, ce qu’il fait sans renoncer à son étiquette d’indépendant. Totalement inconnu du grand public lors de son entrée au gouvernement, il était décrit dans les cercles académiques comme un libéral, en raison de ses prises de position en faveur d’une plus grande souplesse du marché du travail. Refusant de se ranger selon les clivages idéologiques traditionnels, il prône une pensée économique « de fusion ». « La seule chose qui me définit, c’est ma famille et le Benfica », club de football lisboète, le plus populaire au Portugal, plaisante-t-il. Conciliant et pragmatique, M. Centeno a par exemple vite laissé tombé l’idée d’un contrat unique, une des mesures phare qu’il préconisait pour combattre la précarité de l’emploi, afin de ne pas froisser les partis de la gauche antilibérale dont dépend la survie du gouvernement. Capable de combler rapidement son manque d’expérience politique, il est devenu l’un des piliers du gouvernement en se montrant capable de réduire les déficits tout en « tournant la page » de l’austérité mise en oeuvre par le précédent gouvernement de droite.