Portrait: Partir pour s’ouvrir, et revenir / Vue d’une génération: Giulia, née un jeudi d’avril 1997…

Alain Ducat / Elle est née un jeudi. Le 17 avril 1997, vers 23.00 h, à la maternité de la Ville. Un symbole, reflet d’un pays d’accueil et de mélanges: Giulia Pauly, père luxembourgeois, mère italienne, fille unique mais intégrée dans un beau projet de vie, avec une sœur de 22 ans et un frère de 17 ans, d’origine coréenne, adoptés quand ils étaient bébés…

En cette fin de XXe siècle, les tribulations parentales font de la petite Giulia une expatriée dans la patrie de sa maman. En maternelle justement, à Varese, dans une école européenne, section allemande.

Elle manie cinq langues selon les besoins. «On parle luxembourgeois à la maison. L’italien est venu naturellement. L’allemand, le français et l’anglais se sont ajoutés, par le système scolaire». Celui du pays natal, à l’école primaire de Belair où la famille a repris ses quartiers, puis à l’Athénée. Aujourd’hui, l’étudiante est à l’école d’hôtellerie de Lausanne. Avec six mois de pratique et de stages… à Rome. Et puis pourquoi pas un an de droit à Luxembourg? Elle ne se ferme aucune porte, veut concilier attrait pour le management et goût de voyager, de découvrir, des pays anglophones aussi «Je me vois dans le marketing hôtelier, les relations clientèle». Un métier de relations humaines, sûrement. Ou la diplomatie? Elle avait plusieurs inscriptions possibles: Sciences Po à Bordeaux, le droit à Bordeaux ou Lyon. Ce fut Lausanne. «Un cursus très francophone. Mais il y a des étudiants venus de partout. Et des « mixtes », avec parents de nationalités différentes. Un peu comme chez nous… Je constate que les Luxembourgeois s’adaptent facilement aux changements de langues». Sur les bords du lac Léman, la dizaine de «Luxos» se regroupent, parlent ensemble leur langue de Dicks, et mettent le pays en valeur, sur un stand à la fête annuelle…

Si sa priorité va à l’expérience hors frontières «parce qu’il faut s’ouvrir les horizons», Giulia sait qu’il y aura retour au bercail. «Etre jeune au Luxembourg, ce n’est pas mal. On ne l’apprécie peut-être pas assez quand on y vit. Mais quand va plus loin, on apprécie d’y revenir. Le fameux « multi-kulti », c’est bon et ça marche. Le pays a évolué, en même temps que sa démographie. Il est devenu plus moderne, adapté aux besoins de grandes villes tout en restant modeste, à taille humaine, sans changer vraiment, fidèle à notre devise… Quand on y pense, on a tout. De l’avenir aussi.» Même s’il faut le préparer avec discernement.

Elle ne s’avoue pas très fan du système scolaire grand-ducal, qu’elle trouve notamment trop individualiste alors que le travail de groupe, comme on le pratique en Suisse, «permet de se rapprocher des réalités de la vie professionnelle». A l’école, elle verrait l’anglais prendre du galon plus tôt, «c’est une langue internationale, comme le français». Et le luxembourgeois? «C’est notre langue, un outil commun pour se comprendre… Mais si tout le monde fait un effort, ça marche très bien».

Spontanée, sportive, attentive au monde, intéressée par l’information en général et la politique en particulier, Giulia a ses idées, ses messages, une forme d’engagement: «Voter, c’est fondamental. Il faut réfléchir aux décisions et y participer. C’est notre avenir qui est en jeu. Voyez le Brexit: les plus âgés ont voulu la sortie de l’Union, mais ce sont les générations suivantes qui vont en payer le prix. Sans doute».