Pologne: Morawiecki limoge deux ministres controversés avant de voir Juncker

Juste avant sa rencontre avec le chef de la Commission européenne Jean-Claude Juncker mardi soir à Bruxelles, le nouveau Premier ministre conservateur polonais Mateusz Morawiecki a limogé ses ministres de la Défense et des Affaires étrangères, deux poids lourds controversés.

Ce remaniement, qui touche plusieurs autres ministères, intervient alors que M. Morawiecki, en poste depuis un mois, cherche à améliorer les relations tendues entre Varsovie et Bruxelles. Le nouveau cabinet peut marquer « une nouvelle ouverture à l’égard de l’UE, envoyer un signal fort à l’Europe », a estimé un expert, Eryk Mistewicz. « Morawiecki et (le nouveau chef de la diplomatie, Jacek) Czaputowicz sont des personnes qu’on ne peut pas accuser de prôner le Polexit », a-t-il dit à l’AFP.

Du côté de Bruxelles, le climat semble également favorable à un réchauffement des relations. « Nous ne sommes pas en guerre avec la Pologne.

Il n’y a pas de bataille, pas de guerre », a dit mardi le porte-parole de la Commission Margaritis Schinas, résumant une interview de Juncker à la télévision allemande.

« Nous voulons engager un dialogue avec le nouveau gouvernement polonais, avec le nouveau Premier ministre, pour trouver une solution constructive », a dit notamment M. Juncker, et non faire pression sur eux en menaçant de réduire les subventions européennes.

A Varsovie, c’est le limogeage de M. Macierewicz, remplacé par son collègue de l’Intérieur Mariusz Blaszczak, qui constitue la plus grande surprise. Ancien opposant anticommuniste, orateur charismatique, principal défenseur de la théorie d’un attentat qui aurait causé la mort du président Lech Kaczynski dans la catastrophe aérienne de Smolensk, appuyé fermement par l’électorat conservateur de Droit et Justice (PiS), M. Macierewicz semblait fermement installé dans son fauteuil. Mais, personnage controversé en raison de ses décisions et ses déclarations surprenantes, il était aussi en conflit quasiment ouvert avec le président Andrzej Duda en raison de profondes divergences sur la réforme des forces armées. Sur l’échiquier polonais, le chef de l’Etat semble donc marquer un point. Des considérations de politique étrangère peuvent aussi avoir joué un rôle dans les autres choix de M. Morawiecki.

Préoccupée par l’évolution de l’Etat de droit en Pologne, et notamment par des réformes controversées de la justice, la Commission a déclenché contre Varsovie une procédure inédite de l’article 7 du traité européen pouvant aller jusqu’à la suspension de son droit de vote au sein de l’UE. Outre les tensions avec Bruxelles, le chef de la diplomatie démissionnaire Witold Waszczykowski a été confronté à la réélection de l’ancien Premier ministre libéral Donald Tusk à la présidence du Conseil européen, lors duquel la Pologne a été le seul pays à voter contre.

Les relations de son pays avec la France et avec l’Allemagne ont également connu un fléchissement et seule la Hongrie de Viktor Orban apparaît comme une alliée. Le nouveau titulaire des Affaires étrangères est un diplomate de carrière proche de l’aile centriste du PiS, Jacek Czaputowicz. Quant au ministre sortant de l’Environnement Jan Szyszko, il a été au centre d’une controverse avec l’Union européenne portant sur l’abattage des arbres dans l’ancienne forêt de Bialowieza. Son départ a été immédiatement salué par des écologistes. L’ONG ClientEarth y a vu « l’espoir d’un retour à la situation où ce ministère agit en faveur du patrimoine naturel et non pour sa destruction ».

Le ministre de la Santé Konstanty Radziwill a dû affronter la fronde des internes réclamant une augmentation conséquente des crédits de la santé publique, à laquelle il n’a pu apporter de réponse satisfaisante. L’opposition centriste a accueilli avec scepticisme le remaniement censé changer l’image du gouvernement conservateur. « De notre point de vue, rien ne change. Même s’il y a de nouvelles personnes, de meilleure allure, au bout du compte elles devront toutes suivre ce que leur dira Jaroslaw Kaczynski », le chef du PiS, a dit le numéro deux du principal parti d’opposition, Plateforme civique (PO), Tomasz Siemoniak.