Politique / Bon vieux modèle

Thierry Nelissen / Bien sûr, les syndicats ne font pas de politique politicienne, pas plus qu’ils ne sont asservis aux partis, et inversement. Le fait que le parti chrétien-social soit présent en force à la fête du LCGB et que les socialistes déboulent en nombre au discours de l’OGBL n’est forcément qu’un hasard. Et si l’on a déjà vu le Premier ministre Xavier Bettel célébrer l’ersatz de fête du travail des libéraux francophones belges, on le mettra sur le compte, sinon de sa légèreté, au moins de son grand sens de l’amitié envers le conservateur Charles Michel.

Car c’est ça, le 1er mai: une histoire de famille et d’amitié. Même si elles ont des routes parallèles, si leurs moyens sont différents, s’il leur arrive de se déchirer, les formations politiques et syndicales arrivent encore à se retrouver autour d’un panier de valeurs communes. Faut-il appeler cela de l’idéologie, à l’heure où les modèles d’avant sont déclassés à la vitesse de la fibre, où les clivages d’antan sautent les uns après les autres, où il n’est pas tendance d’adhérer à des principes édictés il y a plus d’un siècle?

Alors que dans les pays voisins, les populistes et les produits médiatiques ont entièrement rebattu les cartes, le Luxembourg fête toujours le travail sous les drapeaux verts et rouges. Ici, un «syndicat» n’est pas un gros mot, ni un groupuscule à casser, mais un interlocuteur. Le modèle est-il en danger? A l’heure où les défis de la numérisation et de la mondialisation se multiplient, sa disparition serait un drame. A éviter.