Politique / Requins

Les charmes de l’océan Indien, et de l’île de la Réunion en particulier, seraient complets sans les cyclones, les visites de François Fillon, le souvenir de Raymond Barre… et les requins. Ouh, les sales bêtes! Confronté à la moindre planche flottante, le squale y voit un rival et il attaque. L’humain qui s’est associé pour le sport au bout de bois ou de mousse fait parfois les frais de l’agression.

Un malheureux garçon de 26 ans, bodyboardeur, a récemment perdu la vie près de Saint-André, à l’embouchure de la rivière de Mât, à un endroit où la baignade et les activités nautiques sont interdites… précisément en fonction de la dangerosité de la zone. La côte Ouest de l’île borde une réserve naturelle marine de 35 kilomètres carrés contenant 3.500 espèces de faune et de flore.

Mais depuis 2011, les attaques se succèdent à la Réunion et les édiles ne savent plus quoi faire pour rassurer leurs électeurs. Pas étonnant donc que le maire de Saint-André, sous le choc, ait piqué un coup de sang.

Il est intéressant d’analyser sa rhétorique, digne de certains chefs d’Etat.

En premier lieu, on attaque les scientifiques. S’il y a des attaques mortelles, c’est parce que des scientifiques protègent ces animaux. Ces dangereux malfaisants sont donc priés d’aller vivre ailleurs. «Il y a trop de pseudo-scientifiques qui viennent nous casser les pieds à la Réunion.»

Ensuite, on affirme: «Il faut déclarer la guerre aux requins.» Ah, le fameux «nous sommes en guerre», fédérateur, qui a auprès des esprits faibles tant de succès qu’on ne sait plus finalement comment ni contre qui on la mène, l’essentiel étant de se convaincre de l’état de guerre. Roulez, tambours!

L’homme a juste oublié un des éléments essentiels du triptyque fédérateur des nouveaux poujadismes: les imprécations contre la presse. Mais il suffit que la polémique enfle, et ça viendra naturellement.

Que les hommes tuent infiniment plus de requins que l’inverse ne peut pas peser dans la réflexion locale. Au passage, les anthropologues se réjouiront de constater qu’au plus bas de l’échelle, les comportements humains de base correspondent à ceux des grands prédateurs issus de l’espèce.

Le plus respectueux des squales, c’est finalement Donald Trump, qui a choisi de placer à la tête de l’Agence de protection de l’environnement Scott Pruitt. Un vrai requin.

Thierry Nelissen

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