Politique / Jésus, reviens!

Thierry Nelissen / Il y a quelque chose de pathétique à écouter le pape François exhorter les nations européennes à accueillir les plus faibles, et particulièrement les candidats réfugiés, à la dérive morale, sur des bateaux qu’aucun port ne veut recevoir. Dimanche encore, le souverain «pontife», comme ses affiliés l’appellent, a fait entendre sa supplique. Las.

Elle est loin, l’Italie de Paul VI et Aldo Moro, où le ciel et la terre s’embrassaient, où le temporel ne se déliait pas du spirituel, où, pour être simple, le Vatican avait un droit de regard non officiel sur les affaires de l’Etat italien, et où la démocratie chrétienne au pouvoir était attentive aux souhaits du si saint-siège hérité de Simon-Pierre, dauphin désigné par un certain Jésus, composante du directoire tricéphale du courant dit «chrétien».

Or donc, qu’est-ce qui représente mieux la chrétienté, malgré les schismes, que le Vatican? Et qui peut mieux se revendiquer successeur du gourou fondateur que l’actuel occupant des appartements pontificaux?

Les fachos italiens, ministre de l’Intérieur Salvini en tête, se tamponnent pourtant le coquillard des pulsions morales de l’Italo-Argentin sans tiare. L’Europe chrétienne qu’ils invoquent parfois, comme leurs alliés de Hongrie ou d’ailleurs, c’est d’abord une terre d’exclusion. Salvini, qui brandit parfois la Bible, a été vu dans un t-shirt «Mon pape, c’est Jean-Paul II». C’est faire insulte au sieur Wojtyla de laisser entendre que sa compassion serait moindre que celle de son successeur. Mais, faute de clarification rapide, ce pape paraît bien nu. Jésus, reviens!