Politique / Infantile et glaçant

Thierry Nelissen / Il faut avoir une bonne dose de détachement quand on travaille dans une agence de presse pour attribuer au «président» la phrase suivante: «Que la Russie se tienne prête, car ils arrivent, beaux, nouveaux et intelligents!» «Ils», ce sont les missiles américains destinés à la Syrie, que les Russes se sont promis d’intercepter avant de frapper les lanceurs. Le «président», c’est évidemment l’inénarrable Donald Trump, twitteur incontrôlé, titulaire de la plus formidable force de frappe au monde, au budget militaire dix fois supérieur à celui de la Russie. La Russie dont on se demande ce qu’elle fait, toujours chevillée au boucher Assad, dont les premiers bombardements de sa population en ont provoqué l’exode dès 2011.

L’emploi de gaz n’avait jamais provoqué de réaction des grandes puissances. L’histoire constatera peut-être qu’Obama était plus isolationniste que Trump. Mais ici, malgré les avertissements, la récidive chimique semble avérée, et la punition s’annonce dans une gradation médiatique orchestrée, avec un président français en guest star et un raidissement Russie-Occident qui émeut les nostalgiques de la guerre froide.

La dernière fois qu’il a fait bombarder la Syrie, Trump évoquait surtout le bon gâteau au chocolat qu’il venait de déguster. Sa rhétorique de cour d’école, s’agissant de décisions de la plus grande gravité, mériterait autre chose que de mécaniques répercussions. Le monde mérite peut-être autre chose qu’un gamin de neuf ans à ses commandes.