Politique / Honte rouge

Tant réclamé en football, mais si contesté aussi, l’arbitrage vidéo n’est pas près de s’imposer dans le grand théâtre des atrocités. Cette semaine encore, de façon plus spectaculaire qu’à l’accoutumée, des images venues de Syrie ont ému l’opinion publique internationale. Plusieurs dizaines de civils, dont beaucoup d’enfants, ont perdu la vie après un bombardement, victimes d’une intoxication chimique, et plus précisément d’agents neurotoxiques, selon l’Organisation mondiale de la santé. Le Conseil de sécurité de l’ONU a été convoqué sur le champ.

La lecture des images, atroces, a suscité des analyses strictement opposées. Pour les uns, c’est naturellement l’effet d’une nouvelle frappe de l’armée régulière de Bachar al-Assad, déjà coutumière de ce genre d’actions. Pour les autres, dont les alliés russes du Syrien, c’est une frappe visant les combattants terroristes qui a libéré les substances mortelles sur leur entourage.

La dernière hypothèse est difficilement soutenable, mais suffisante intellectuellement pour s’opposer à la motion du Conseil de sécurité, puisque celle-ci serait basée sur des informations incorrectes. Comme en football, peu importent les conséquences de la faute, c’est le geste qui compte. Et qui est le fautif? La communauté internationale, souvent victime d’obstruction, risque, cette fois encore, de garder la carte rouge dans sa poche.

Pourtant, le principal suspect a déjà été averti. Mais la célèbre «ligne rouge», celle qu’il ne fallait passer sous aucun prétexte, sous peine d’encourir des représailles… a déjà été franchie à tant de reprises qu’elle est plus symbolique de la honte internationale que d’un ultimatum crédible.

Dès le début du conflit, en fait, l’utilisation d’armes chimiques avait été redoutée. A raison, puisqu’une attaque au gaz sarin (déjà…) contre des rebelles fit 1.400 morts, dont 400 enfants, en 2013. Obama constatait le franchissement de la ligne rouge, mais Poutine négociait la destruction de l’arsenal chimique syrien contre une non-intervention. Déjà là, pas de coupable, pas de jugement.

Pire. Ceux qui, comme les Français, ne voulaient en aucun cas envisager une solution avec Bachar al-Assad, ont été ringardisés sur la scène internationale, et vilipendés par leurs oppositions partisanes du «Plutôt Bachar que Daech».

La prochaine fois que des enfants seront gazés, on pourra encore affirmer «Bachar al-Assad a franchi la ligne rouge» et voter une résolution universelle disant que «gazer des civils, ce n’est pas bien». Toute honte bue, bien sûr.

Thierry Nelissen

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