Politique / Démocratie hackée

Olivier Tasch / Facebook, Instagram, Tweeter et consorts sont-ils un formidable espace de liberté d’expression? Les réseaux sociaux sont, en tout cas, aujourd’hui, une arme prodigieuse pour saper la démocratie. Si les régimes chinois et russe furent les pionniers de l’utilisation de subreptices méthodes afin de dévier les discussions en ligne et de réprimer la dissidence, la pratique est aujourd’hui globale. La diffusion de «fake news» ou de comptes gérés par des «bots» est une véritable épidémie. On recense au moins trente pays dotés d’armées de «façonneurs d’opinion» promptes à répandre la doxa officielle et à contrer les critiques visant le gouvernement sur les médias sociaux. Les tentatives d’influence de la Russie sur l’élection présidentielle américaine ou sur la crise catalane sont sur toutes les lèvres. Mais selon l’ONG Freedom House, au cours de l’année écoulée, la manipulation et la désinformation sur internet ont joué un rôle important lors d’élections dans au moins dix-sept autres pays.

Sur les réseaux sociaux, le soutien populaire factice fabriqué en faveur de politiques gouvernementales crée un circuit fermé dans lequel un régime s’auto-cautionne. Les voix indépendantes restent à la marge, d’autant plus que la pratique s’accompagne d’une restriction de l’accès à de véritables médias d’information. L’effet le plus pervers est qu’en renforçant la perception que la plupart des citoyens soutiennent ces politiques, un gouvernement peut justifier la répression de l’opposition politique et enclencher, sans débat, des mesures antidémocratiques.