Politique / Déconnecté

«Un monde plus connecté ouvre de nouvelles possibilités. De nos jours, les gens voyagent, s’éduquent et vivent dans différents pays. Ils interagissent sur le net, où ils partagent leurs idées, leurs cultures et leurs expériences. Les étudiants ont accès en ligne à des cours d’universités prestigieuses du monde entier.»

Il est bien peu certain que les électeurs français du Front national, néerlandais du Partij voor de Vrijheid ou de l’autrichien Freiheitliche Partei Österreichs, dont on moque si souvent l’inculture, la fermeture au monde ou encore le faible niveau d’éducation, goûtent aux vertus de la mondialisation ainsi exposées dans «le document de réflexion sur la maîtrise de la mondialisation» lancé par la Commission européenne le 10 mai. Pourtant, il ne fait pas l’ombre d’un doute que la réflexion engagée par la Commission est directement liée à la montée des nationalismes, qui profitent allègrement des conséquences de la mondialisation.

Lançant des documents de réflexion à tour de bras depuis la célébration solennelle des soixante ans du traité de Rome, alors que l’UE a rarement été aussi peu capable de se mettre d’accord sur une longue liste de sujets, la Commission a d’ailleurs préféré attendre le résultat des élections françaises pour mettre sur les rails un document censé réfléchir à ce que l’UE peut faire pour façonner la mondialisation «en accord avec nos valeurs et intérêts communs».

Le texte fourre-tout n’est heureusement pas qu’un état des lieux «eurobéat». Mais il n’en reste pas moins bourré de contradictions.

Ainsi, d’une part, la Commission reconnaît des ratés dans la redistribution des richesses, alors que la mondialisation a contribué à la croissance de l’économie européenne générale, chaque milliard d’euros d’exportations supplémentaires contribuant à la création «ou au maintien» (sic) de 14.000 emplois.

Mais, d’autre part, elle loue la mondialisation pour ses importations qui permettent aux consommateurs «de bénéficier d’un plus grand choix et de prix inférieurs qui contribuent à élever le niveau de vie et à doper le pouvoir d’achat, en particulier pour les ménages à faibles revenus qui consomment davantage de biens et de services en proportion de leur revenu».

En d’autres termes, la mondialisation peut réduire les revenus d’une part, elle les rend suffisants pour vivre de l’autre. Que demande le peuple?

Jerome Quiqueret