Politique / Contrefaite

Voilà la Marine pincée avec les doigts dans le photocopieur. Faute quasi bénigne quand on sait les usages ludiques immoraux qui ont pu être faits de cet appareil, le soir venu, pour casser l’atmosphère un peu tendue des lieux de travail.

Le Pen ne s’assied pas sur la machine, elle s’assied sur la morale, à laquelle est immanquablement liée la notion de «plagiat». Ah, le beau mot! Parce que copier, c’est fauter. Et repomper un parangon de vertu comme François Fillon, ainsi que Marine Le Pen l’a fait en lui empruntant plusieurs minutes de discours, voilà qui est inexcusable. C’est moins une question de droit d’auteur, d’ailleurs, que de crédit à l’auteur des lignes, dont la paternité est ainsi violée.

Pourtant, ce n’était pas l’ex-collaborateur de Sarkozy, l’auteur de l’évocation pompière de la France, réinterprétée par la candidate d’extrême droite. Pas même sa fidèle collaboratrice, Pénélope, qu’on aurait pu croire tentée de se refaire un peu d’argent au lendemain de la défaite, en sous-traitant au FN une homélie de son employeur et mari.

Non. L’auteur de ce passage était le souverainiste de droite, Paul-Marie Coûteaux, qui ne voit pas malice à cet emprunt, et votera d’ailleurs pour la candidate FN au second tour. Il estime tout à fait normal que les deux candidats de la droite étendue à l’extrême aient pu dire la même chose sur l’essentiel. L’essentiel étant à mesurer à l’aune de sa vision, bien sûr.

Alors, que des pondeurs de discours surmenés aient pu réaliser un copié-collé, comme cela avait été fait pour Melania Trump, ou que l’emprunt ait été un «clin d’œil» lepénien, ou un appel du pied aux électeurs de Fillon, quelle importance? Quand on copie, il faut avoir du culot. Le scénariste de bédé Jean Van Hamme, qui rongea jusqu’à l’os une idée de tueur amnésique empruntée au romancier Robert Ludlum, estime encore aujourd’hui que l’écrivain américain avait mal exploité son idée de départ. Oups, pardon!

Dans l’art, l’imitation est une école, presque une obligation. Elle est partout, en peinture, en cuisine, en architecture. Que serait Jean de La Fontaine sans Esope? Schönbrunn sans Versailles? Disney sans les auteurs européens?

Si le plagiat n’est pas puni en lui-même par la loi française, la contrefaçon l’est, parfois sévèrement. Mais, justement, si son image de représentante du peuple est indéniablement contrefaite, Marine Le Pen ne peut en aucun cas être traitée de contrefaçon. Elle est l’héritière fidèle d’un père, porteuse d’une idéologie malsaine qui n’a rien d’une pâle copie.

Thierry Nelissen

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