Le point sur la dette américaine /Vu des marches

Dix ans se sont écoulés depuis le début de la crise financière de 2008. Alors que les Etats-Unis entrent dans les derniers stades du cycle économique et que les taux d’intérêt sont appelés à augmenter progressivement, le moment nous semble opportun pour faire le point sur la situation de la dette américaine. Malgré des gros titres alarmistes, elle reste sous contrôle.

Depuis 2008, l’endettement total des Etats-Unis, exprimé en pourcentage du PIB, a fortement baissé.

Si l’on regarde dans le détail, le désendettement des ménages a été particulièrement marqué. Certains segments ont toutefois augmenté, comme les prêts hypothécaires, les prêts étudiants et les cartes de crédit. La bonne nouvelle, c’est que la grande majorité des crédits hypothécaires, «auto» et étudiants sont souscrits à des taux fixes, ce qui protège quelque peu les ménages contre la hausse des taux. Autre élément encourageant, le taux de prêts hypothécaires présentant un risque élevé de défaut de paiement est en baisse, et ne représente plus aujourd’hui qu’un peu plus de 1% de la dette relative au logement. Pour l’heure, l’Américain moyen ne ressent probablement pas les effets de la hausse des taux. Le patrimoine des ménages s’établit à des niveaux élevés et continue d’augmenter, tandis que le taux de chômage, extrêmement bas à 3,9%, devrait favoriser une hausse des salaires.

Le constat est légèrement différent pour les entreprises, où le réendettement s’est fortement accéléré et s’établit actuellement à près de 120% du PIB. Une situation qui semble pour l’heure gérable tant que les taux demeurent bas, que les économies réalisées grâce aux baisses d’impôts doivent encore être pleinement mises à profit et que les résultats des entreprises sont exceptionnels comme ceux du premier trimestre 2018. Néanmoins, la hausse des taux pourrait à l’avenir laisser un arrière-goût amer à de nombreuses sociétés américaines.

Mieux capitalisé qu’en 2008, le secteur financier a vu sa dette tomber à environ 99% du PIB. Les banques américaines ont presque multiplié par deux leurs capitaux propres depuis la crise. Le niveau des emprunts non courants s’inscrit en baisse, ce qui signifie que le risque pesant sur les banques est globalement faible.

À l’heure actuelle, les risques entourant l’endettement américain demeurent limités. La situation pourrait changer, alors que la loi Dodd-Frank, adoptée en réaction aux crises financières de 2007-2008, est en passe d’être détricotée. Ce faisant, les Républicains pourraient encourager les banques régionales à octroyer des crédits aux jeunes couples et aux agriculteurs, et par la même occasion séduire des électeurs en vue du scrutin de mi-mandat qui se tiendra en novembre. Cette manœuvre laisse craindre une baisse de la qualité des dossiers de demandes de prêt, et entrainerait une hausse des risques auxquels les banques s’exposeraient. Mais il s’agit là de considérations à long terme. Pour l’heure, rares sont les signes témoignant d’une dégradation de la situation sur le front de la dette américaine.

Fredrik Skoglund

Banque Internationale à Luxembourg