Au plus près / Zoom sur Tikehau Capital

Marc Fassone / Fondée en 2004 et cotée à la Bourse de Paris depuis 2017, la firme «alternative» de gestion d’actifs et d’investissement est aujourd’hui un leader dans le créneau du financement alternatif des PME en Europe. Elle gère actuellement 14,2 milliards d’euros dans quatre domaines principaux: le private equity, l’immobilier, la dette privée et les stratégies liquides alternatives.

«Le point commun entre ces quatre activités, c’est le fait que l’on gère des portefeuilles concentrés de convictions sur la base de notre propre recherche fondamentale. C’est très important. Nous analysons des sociétés et des actifs et nous investissons dans la structure capitalistique de ces sociétés», résument Thomas Friedberger et Edouard Chatenoud, respectivement directeur général de Tikehau IM et responsable Benelux. «Nous sommes des investisseurs fondamentaux à long terme. Notre mission est d’aider au financement de l’économie en prenant des participations au capital de sociétés, principalement de taille moyenne.»

La société est contrôlée par son management qui détient 37% du capital. Le reste est détenu par des actionnaires minoritaires «très actifs». Dont le fonds souverain de Singapour, le family office de la famille Peugeot et des assureurs, dont La Luxembourgeoise.

Tikehau Capital emploie actuellement 220 personnes. Société française à l’origine, elle a accéléré son développement à l’international en 2013 en ouvrant son premier bureau à l’étranger à Londres. «A Paris et Londres se concentrent les activités de gestion et de soutien comme la compliance, la gestion des risques, l’analyse financière et la distribution.»

L’internalisation de l’activité, en forte croissance, est depuis cette date la priorité du management. Ce qui passe par la distribution des produits dans de nouveaux marchés et l’intégration au sein de ceux-ci. «La cotation nous a beaucoup apporté sur ce plan, notamment dans des pays hors Europe. Nos fonds croissent, notamment en dette privée où nous sommes maintenant considérés comme un leader européen. De plus en plus d’investisseurs viennent à nous, ils sont européens mais aussi asiatiques et américains. Notre base de clients s’est énormément internationalisée depuis dix-huit mois. Dans le même temps, notre expertise et notre marque deviennent reconnues.»

Afin de répondre à la demande, Tikehau joue la carte du local. «La meilleure façon de faire de bonnes affaires dans des pays qui ne sont pas nos marchés domestiques, c’est de s’implanter localement.» Fruit de cette politique de «sourcing», trois autres bureaux régionaux complètent le dispositif en Europe: Bruxelles, Madrid et Milan. Leur mission est de distribuer les produits maison aux investisseurs locaux et de s’intégrer à l’écosystème local.

Tikehau Capital possède également un bureau à Singapour ouvert en 2014. «Il s’agit de notre base asiatique où l’on fait de la gestion de portefeuille, de l’analyse et de la distribution.» Le bureau de Séoul se contente de faire de la distribution. Enfin, la firme vient de s’installer à New York. Les clients de Tikehau Capital sont principalement des institutionnels. Les assureurs pèsent d’ailleurs pour la moitié des investisseurs de la société. On trouve également des fonds de pension et des banques privées. Les investisseurs privés sont généralement structurés sous la forme de family offices. Même si ces derniers pèsent moins que les investisseurs institutionnels, la firme leur accorde une grande importance. Pour des raisons historiques d’abord: de 2004 à 2013 – avant la phase d’institutionnalisation –, Tikehau Capital s’est développée en travaillant avec les family offices. Pour des raisons philosophiques ensuite: «Ce sont généralement, comme nous, des entrepreneurs avec qui il est agréable de faire des affaires car ils ont souvent un avis sur les sociétés que l’on a en portefeuille ou que l’on veut financer.» Des family offices, on en trouve beaucoup au Grand-Duché. Et leur développement va croissant. C’est l’une des premières raisons de l’attrait du pays pour la société, dont une grande partie des fonds sont de droit luxembourgeois. De quoi tisser des liens avec les prestataires associés – avocats, auditeurs, banques… Place financière internationale, le Luxembourg est aussi l’endroit où l’on peut rencontrer des acteurs internationaux. Un plus. La firme a également développé des liens avec les institutionnels locaux – dont La Luxembourgeoise qui est entrée au capital de la firme –, là aussi pour placer ses produits et pour dénicher des opportunités d’affaires.

Les affaires au Luxembourg, c’est principalement via les investissements en equity qu’elles s’opèrent. «Mais nous restons ouverts à toute opportunité d’investissement.»