Plus de Francos, moins de folies

Face à la cacophonie, Esch reprend la main. Pas de Francofolies du Luxembourg en 2019. Mais retour en mai 2020

Alain Ducat /Un ramdam dont les acteurs, culturels, institutionnels et les producteurs économiques, se seraient bien passés. Les Francofolies du Luxembourg, portées par la ville d’Esch-sur-Alzette et KDTS, une société de promotion artistique franco-luxembourgeoise, c’est déjà fini. Mais pas vraiment. Car ça repart.

Les «Francos» seront de retour en 2020, avec de nouvelles bases, un concept retravaillé et des ambitions retaillées. Le temps de remettre de l’ordre dans l’organisation en proie à de sombres tourments d’ordre judiciaire et financier.

«Esch reprend la main. Nous voulons regarder devant nous et mettre ce beau concept au diapason des espoirs placés dans notre ville», résume Pim Knaff, échevin de la Culture dans la cité sudiste, qui faut-il le rappeler, sera capitale culturelle européenne en 2022.

Explications et décodage? Une drôle d’histoire, en trois temps. Le présent chahuté, le passé décevant et le futur qui s’annonce plus serein. Chacun l’espère en tout cas.

Dans l’immédiat, Shaka Ponk à la Rockhal, le 30 mars prochain, c’est tout ce qui reste du tour de chauffe des Francofolies du Luxembourg. Et encore. A l’heure qu’il est, difficile d’affirmer que le concert des bêtes de scène françaises, prévu en septembre 2018 et reporté pour causes d’acrobaties du chanteur l’ayant mis en incapacité d’assurer le show, aura bien lieu dans les conditions imparties. L’événement reste annoncé. «Tout se passe pour le mieux! Nous attendons 5.000 personnes», rassure KDTS dans un message en réponse à la sollicitation expresse du Jeudi.

Cependant, le label Francofolies ne souhaite plus être collé à cette date, selon la volonté conjointe de la ville partenaire et de Morgane Production, la société propriétaire de l’appellation qui s’est fièrement hissée parmi les cadors des festivals dans la francophonie mondiale. «Je n’aime pas que la marque Francofolies soit associée malgré nous à des choses, disons, pas très nettes», confirme Gérard Pont, le grand patron de Morgane.

De fait, tout ne s’est pas bien passé autour du producteur KDTS. Que la ville d’Esch annonce poursuivre devant les tribunaux. Au dernier conseil communal, l’échevin Knaff, avocat de son état, a évoqué un «producteur qui a menti depuis le début et n’a pas tenu ses engagements».

Jean-Serge Kuhn, qui a aussi une structure KDTS en Lorraine – la base de Bertrange est plutôt inaccessible ces temps-ci – ne s’est pas fait que des amis. En gros, le promoteur-organisateur qui a reçu le feu vert des Francos a assuré le job de coordination mais a omis de régler des factures, tout en ayant centralisé les subventions et le mécénat. Des commerçants, comme le resto-bar lounge eschois où s’est tenue une soirée VIP après le concert de Julien Clerc au Théâtre, et ses partenaires entrepreneurs indépendants (production exécutive, communication, éditeur de sites web, etc.) sont, au mieux, dans l’embarras, au pire, pour certains, en situation de faillite. A ce stade, c’est à la justice de démêler l’écheveau.

Pour ce qui est du «passé», en l’occurrence l’édition de test et de lancement en septembre 2018, le bilan est plus que mitigé.

Et cela donne le ton pour ce qui est sans doute le plus important: le futur des Francos au Grand-Duché et donc à Esch en particulier. Car il y a bien un avenir qui se dessine. Il se trace en direct, entre Esch et la véritable tête du festival. «Nous sommes toujours (…) persuadés qu’il y a un vrai potentiel au Luxembourg. Et nous sommes prêts à aider Esch dans cette entreprise», valide Gérard Pont.

«Nous avons rencontré les responsables de Morgane Production, par deux fois déjà. Et ils nous soutiennent bel et bien, souligne Pim Knaff. On a tous vu que ça allait trop vite, que l’idée n’était pas mûre et, sutout, que la mise en place a souffert de lacunes. Nous avons subi la situation en étant poussés dans le dos par le promoteur. C’était un peu court.»

La ville est confiante. Les Francofolies seront de retour, plus fortes, en 2020. Mai 2020 même. «Les dates en septembre n’étaient pas bonnes.»

Le scénario repensé met en avant, après accalmie supposée des litiges confiés à la justice, une nouvelle structure. Une asbl créée par la ville, qui compte engager au moins un responsable pour diriger la manœuvre. Au passage, on sent bien que les autorités eschoises n’ont absolument rien contre les ex-partenaires locaux de KDTS, «qui sont des victimes aussi, mais qui savent faire et l’ont démontré», confie-t-on dans les coulisses de l’hôtel de ville. La nouvelle structure pourrait compter sur l’aide de l’organe officiel des Francos. On évoque de possibles synergies avec Spa, un recours au copieux carnet d’adresses du festival international, une aide logistique… Les Francofolies avaient donné leur aval pour cinq ans et ses porteurs tiennent à une réputation de concept culturel qui réussit avec ses villes hôtes et partenaires. «Nous pensons en tout cas à intégrer le festival dans la vie de la ville et du pays, conformément à notre vision, reprend l’échevin. Nous voulons que ce soit participatif. Que le festival apporte une plus-value, au rayonnement culturel bien sûr, mais aussi aux associations, aux quartiers, à nos forces vives». Le tout en s’appuyant sur les formules éprouvées ailleurs par les Francos, unissant, outre les grands talents en vitrine, les découvertes, l’ouverture aux scènes locales, la pédagogie musicale dans les écoles… L’idée de base demeure: que les Francofolies du Luxembourg s’installent – en 2020 donc, dans le nouveau tableau de marche –, qu’elles se fassent un nom dans de bonnes conditions, et qu’elles intègrent le plan plus vaste, en 2022, que constitue la capitale culturelle européenne.

Qu’elles s’intègrent, mais sans voir trop grand. Les premières suggestions germent. Une soirée d’ouverture du genre de celle qui a bien plu au Théâtre d’Esch, avec Julien Clerc en scène et des travées pleines. Puis, par exemple, des podiums dans différents points de la ville, intimistes, au service de l’animation générale, en prélude à un côté plus ambitieux, plus festivalier, peut-être du côté du Gaalgebierg.

«En tout cas, nous pouvons fédérer des bonnes volontés locales, instaurer une véritable coopération, pour avoir ce que nous ambitionnons: un concept participatif, et durable», conclut Pim Knaff.

Fin de cacophonie et nouveau départ?

Les Francofolies du Luxembourg méritent sans doute, dans une confiance retrouvée, des jours plus radieux. Et, pensent déjà tout haut les plus concernés, une affiche attrayante. Avec plus de Francos, et moins de folies.