Philippe Jaenada lauréat du prix Femina pour « La serpe »

(From L) Philippe Jaenada taken on October 7, 2015 in Paris, Alice Zeniter taken on September 22, 2017 in Manosque, Miguel Bonnefoy taken on September 21, 2017 in Manosque, Veronique Olmi taken on September 7, 2017 in Paris, and Jean-Baptiste Andrea taken on September 15, 2017, in Paris.

Le romancier Philippe Jaenada a remporté mercredi le prix Femina pour « La serpe » (Julliard), un livre sombre et empli de compassion sur un triple meurtre impliquant le futur auteur du « Salaire de la peur », a annoncé le jury.

Le romancier, âgé de 53 ans, a été choisi au 5e tour par 6 voix contre 4 à Véronique Olmi (« Bakhita », Albin Michel). Après « La petite femelle », son précédent roman où l’écrivain-justicier réhabilitait Pauline Dubuisson, condamnée lourdement en 1953 pour le meurtre de son petit ami sans bénéficier de circonstances atténuantes, Philippe Jaenada s’intéresse cette fois à un triple meurtre commis à coups de serpe dans un château de Dordogne en octobre 1941. De prime abord, l’affaire semble limpide. Le criminel ne peut être que le fils de famille dévoyé, un certain Henri Girard. Est-ce si sûr? Contre toute attente, Henri Girard sera acquitté lors de son procès en 1943. Mais le soupçon lui collera toujours à la peau. Même acquitté, ce type « antipathique » était forcément coupable du meurtre atroce de son père, de sa tante et de la bonne. A peine blanchi des trois crimes qu’on lui reprochait, Henri Girard a dilapidé l’héritage familial. Il est parti en Amérique du Sud d’où il reviendra miséreux, sans dents, mais avec un manuscrit, « Le salaire de la peur », qu’il publiera sous le nom de Georges Arnaud.

Le livre sera adapté plus tard au cinéma par Henri-Georges Clouzot. Girard/Arnaud passera le reste de sa vie (il est mort en 1987) à lutter contre toutes les injustices et notamment contre la vétusté des prisons. « Je ne veux pas devenir le sauveur des causes perdues », confiait récemment à l’AFP l’écrivain. N’empêche, confiez une enquête à Jaenada et vous connaîtrez enfin la vérité. Comme à son habitude l’écrivain s’est littéralement plongé dans les archives de l’époque, il s’est rendu sur les lieux du crime, a payé de sa personne pour se convaincre et convaincre ses lecteurs que finalement oui Henri Girard/Georges Arnaud était bien innocent du crime dont on l’a accusé.

Le roman fait 650 pages mais se lit avec une facilité inouïe tant Jaenada sait subjuguer ses lecteurs. A la fin de son récit, l’écrivain nous met sur la piste du probable coupable mais qu’on ne compte pas sur lui pour lancer des accusations hâtives.