«Petit prince de la rue» / Keith Haring, à la galerie Zidoun-Bossuyt, Luxembourg-Grund

Paul Mathieu / Si l’on croit tout connaître de Keith Haring, artiste américain né en 1958 et mort en 1990 du sida, figure emblématique de la contre-culture new-yorkaise des années 80, c’est la faute à ses silhouettes et pictogrammes imprimés sur des tasses, t-shirts et autres supports; un merchandising parfois snobé… alors qu’il correspond à une conviction profonde: l’art pour tous. Concevant donc le «Pop Shop» comme «une extension de son travail», Haring ouvre une boutique en 1986 à Manhattan, «un lieu amusant où son art pourrait être accessible à tous» et dont il peint les murs intérieurs «créant une expérience immersive dans son esthétique». C’est cette scénographie que la galerie Zidoun-Bossuyt emprunte pour son expo, où prévaut… le Nouvel humanisme de Keith Haring, à la faveur de 42 œuvres – toiles (circulaires ou non) et bâches de chantier en vinyle, matériau abordable et pliable, – provenant «de collections privées secrètes», exposées pour la première fois au Luxembourg. C’est une expo «de format non commercial» – la troisième du genre après Jean-Michel Basquiat en 2016 et Jean Dubuffet en 2018 –, une experte opération-séduction visant à positionner la galerie luxembourgeoise sur l’international réseau des grands acteurs de l’art contemporain.

Grâce au curateur Gianni Mercurio, Keith Haring fait donc figure d’humaniste – il dénonce le racisme, la drogue, l’homophobie et la duplicité de la religion, dérangeant du coup l’Amérique de Ronald Reagan – et son parcours né dans le métro est clairement hors du commun (un film documentaire en témoigne qui sera projeté les 2 et 9 mars à la Banque Degroof-Petercam).

Ami de musiciens et plasticiens de l’underground (dont Basquiat), Keith Haring a fait de la rue son «terrain de jeu pour éveiller les consciences». Pour autant, avec ses «lignes simples qui dansent», ses répétitifs motifs-signes en lien avec la vie, son vocabulaire exécuté sur le vif, sans correction, Keith «n’est pas un graffitiste», ni un néo pop. Travaillant d’arrache-pied, il «connaît parfaitement l’histoire de l’art du XXe siècle», faisant allusion, ici ou là, à Picasso, à Léger, à Dubuffet, au peintre belge Alechinsky, fondateur du groupe Cobra. Du reste, boudé en Amérique mais vénéré en Italie, Keith marquera la Belgique, séjournant dans la Maison Dragon créée à Knokke par Niki de Saint Phalle. A voir jusqu’au 9 mars. Infos tél.: 26.29.64.49.