Le petit arbreet la maison blanche / un monde immonde

Il était un petit arbre dans une maison blanche apporté, de main présidentielle, français le porteur, américaine la maison, jeune chêne l’arbre, en France du Nord élevé. Quelle promotion pour cette jeune pousse ainsi migrant par-delà l’Atlantique, d’une banale forêt dans le jardin d’une maison blanche, président le résident.

Les voilà sur la photo, le porteur et le résident, de leurs épouses entourés, pelle à la main, manches de manteau noir ou de veste bleue retroussées, cravate au vent, creusant un trou dans la verte pelouse accueillant sans broncher le migrant aux branches frêles. Et le peuple de France et d’Amérique et du monde entier applaudissant à ce geste écologique, même si à l’équilibre de la planète rien n’était changé, ni un arbre en moins, oh horreur, ni un de plus, malheureusement.

Les photos étant prises, les caméras remballées, la chose éternisée, tout le monde aurait pu vivre sa vie dans le bonheur, le migrant nourrissant de beaux rêves d’épanouissement dans le ciel américain.

De courte durée cependant la rêverie du chêne, puisqu’à peine le porteur avait-il le dos tourné, que le résident, d’un autre coup de pelle, le déterrait, le voilà déporté, déclaré disparu par la presse internationale, en quarantaine pour ne pas dire en camp de rétention.

Les spéculations de telle disparition, on l’imagine, ont enflé d’heure en heure. Le résident de la maison blanche, pour qui la planète ne se compte pas en arbres mais en dollars, aurait, a-t-on dit, mal vécu de devoir empoigner une pelle autrement que pour construire des murs. À moins que, ont argué d’autres, l’arbre étant français, mieux valait le cacher à l’arrivée de l’hôte suivant, une chancelière allemande, on ne sait jamais, ça s’est tiré dessus en mainte péripétie de la grande histoire.

D’autres encore y ont vu un message diplomatique adressé au porteur, ne pouvant pas être dit à haute voix entre deux tapes familières sur le dos et deux artificielles embrassades, du genre le message, le résident étant connu pour son vocabulaire distingué, ton arbre tu sais où tu peux te le mettre. Non? Et bien là où j’ai mis la Cop 21…

Certains, enfin, sont allés jusqu’à prétendre que c’était du sang de deux mille soldats américains, tombés dans sa forêt française, pendant la Grande Guerre, que le chêne avait sucé sa sève à sa naissance.

Or, non. Les raisons du déracinement de l’arbre déjà une fois déraciné étaient tout autres, les douanes américaines s’étant mêlées de l’affaire. La police de l’immigration, quoi. Parce que, hein, qui pouvait assurer que le jeune chêne ainsi arrivé, presque clandestinement, hein, dans les bagages d’un porteur français, fût-il président comme le résident, n’ayant de surcroît pas été contrôlés à la frontière, ni l’arbre ni le porteur, hein, qui pouvait assurer que ce migrant-là, comme bien des migrants, ne soit pas à son tour porteur, de calamités si cela se fait?

Ou d’insectes invasifs, hein, dit le communique officiel de la maison blanche.

Jean Portante