La pédophilie : un tabou à briser

Imaginez un enfant victime d’une agression sexuelle. Il a peur d’en parler, car il se sent coupable. Il doute : Va-t-on le croire ? Mais surtout : il souffre. Comment l’aider ? Comment prévenir les actes de pédophilie ? Comment la loi punit-elle les coupables ?/ Auteurs : Amélie Havé, Claire Heckemanns, Esther Lemaire, Estelle Vinot (6C05 Lycée classique de Diekirch).

La pédophilie est un sujet qui nous tient à cœur car il touche beaucoup de personnes traumatisées à vie. Un cas assez sordide occupe actuellement la chronique judiciaire des journaux luxembourgeois. Un instituteur de l’école de Bissen est accusé d’avoir filmé des élèves âgées de huit à dix ans dans le vestiaire et lors de sorties scolaires alors qu’elles étaient nues. L’homme de 42 ans a dû comparaître devant le tribunal pour son comportement indécent. Il a même admis les faits. En fait, c’était un bon instituteur et les élèves l’appréciaient. Mais il a profité de son autorité pour abuser des enfants. Une victime âgée aujourd’hui de 24 ans a raconté qu’il prenait les filles sur ses genoux, leur caressait les cheveux et glissait sa main sous leur T-shirt. Les victimes ne se sont pas défendues car elles étaient impuissantes et démunies face au comportement de leur instituteur à qui elles faisaient confiance.
Pour éviter que des cas similaires se produisent à l’avenir, il est important que les enfants sachent quelles limites un adulte n’a pas le droit de dépasser.

La cours de justice à Diekirch / Nous avons consulté un avocat au Service d’accueil et d’information juridique du tribunal de Diekirch

Les lois sur les infractions sexuelles contre les mineurs

Nous avons décidé de nous renseigner auprès d’un avocat : M. Steve Rosa a 32 ans, il a les cheveux courts et noirs et il est de taille moyenne. Il nous a accueillies dans un bureau du tribunal de Diekirch. La pièce était très sobre. Il y avait une table de travail sur laquelle était posée une pile de dossiers. La bibliothèque était remplie de livres de droit ! L’avocat a pris place derrière le bureau qu’une petite lampe éclairait. Nous nous sommes assises en face de lui, très intimidées. Comment allait-il réagir à nos questions ?
Nous étions rapidement rassurées : L’avocat a pris le sujet de la pédophilie très au sérieux et il s’est donné beaucoup de mal à nous expliquer les lois qui nous intéressaient.
Nous avons appris que la législation est le ‘miroir’ d’une société. La société définit ce qui devient une loi et la sanction appliquée si une loi n’est pas respectée.

Au Luxembourg, il n’y a aucune infraction qui s’appelle « acte de pédophilie ». Il y a des lois qui, au sens large du mot, punissent certaines infractions. La sanction est plus sévère, si la victime est mineure. Une personne est majeure à dix-huit ans, mais la majorité sexuelle est atteinte à seize ans. C’est à partir de cet âge là qu’on a le droit de choisir avec qui on veut avoir des rapports sexuels ou non. Avant le 16 juillet 2011, la majorité sexuelle était seulement de quatorze ans.
Quels sont les délits sexuels punis par la loi ? Tout d’abord, l’avocat nous a expliqué ce qu’est un attentat à la pudeur. Une personne peut commettre un attentat à la pudeur contre un enfant sans forcément le toucher. Quand quelqu’un a des rapports sexuels devant un enfant, cette personne se rend coupable d’un attentat à la pudeur.
Ensuite, on parle de viol lorsqu’il y a des rapports sexuels non consentis. Un rapport sexuel avec une personne de moins de seize ans est considéré comme viol car la majorité sexuelle est, comme nous l’avons déjà mentionné, de seize ans.
Même si un homme ou une femme tente de violer un enfant ou de faire un attentat à la pudeur contre lui, il ou elle est passible d’une sanction. C’est également un délit si un adulte propose à un enfant de moins de seize ans d’avoir des rapports sexuels. Dans le jargon juridique cela s’appelle une proposition à connotation sexuelle.
Tous ces crimes sont encore plus graves si l’adulte joue un rôle important dans la vie d’un enfant – s’il est par exemple son parent, son instituteur ou toute autre personne ayant une autorité sur lui.

 

La cybercriminalité

Mais inutile d’approcher physiquement un enfant pour se rendre coupable d’un délit sexuel. De nos jours, il y a beaucoup plus de possibilités de communiquer avec les jeunes qu’il y a vingt ans. Il y a les SMS – mais surtout : les enfants surfent sur Internet. Il sont alors connectés au monde entier. Ainsi il est devenu beaucoup plus facile pour des criminels d’entrer en contact avec des enfants.
En 2007, le Conseil de l’Europe a voté une convention pour la protection des enfants contre l’exploitation et les abus sexuels. En signant cette convention, les nations membres se sont engagées à créer des lois contre la cybercriminalité. Au Luxembourg ces lois existent depuis 2011. Dès lors, il y a des actes qui sont punis par la loi. Sur Internet, personne n’a le droit de demander à un enfant des vidéos ou des photos de lui tout nu. Il est également interdit d’envoyer des photos ou des vidéos pornographiques à un enfant. L’avocat a encore cité d’autres crimes punis par la loi : il est interdit de faire jouer à un enfant un rôle dans un film pédopornographique, de vendre ou de partager ce film avec d’autres internautes, de faire une proposition indécente à un enfant.

 

Quelles sont les punitions que prévoit la loi ?

Si une personne commet un attentat à la pudeur, il risque de un à cinq ans d’emprisonnement. La peine est de cinq à dix ans, si la victime a moins de onze ans. En cas de viol, la loi prévoit de dix à quinze ans de prison. Si une personne s’est rendue coupable d’un délit sexuel envers un enfant, elle n’a plus jamais le droit d’exercer un métier où elle est en contact avec des enfants.
Avant le procès, le juge d’instruction fait son enquête. Il peut nommer un expert – un psychiatre ou un psychologue – qui doit déterminer si le prévenu est un pédophile. Une personne ayant commis un délit sexuel envers un enfant n’est pas forcément un pédophile au sens médical du terme. Au cas où l’expert est d’avis que l’inculpé(e) est pédophile, l’infraction n’est pas considérée au sens pénal du terme. En effet, la pédophilie est une maladie mentale. Un pédophile n’est pas condamné à une peine de prison, mais il est interné dans un hôpital psychiatrique.
En 2016, 53 délits sexuels ont été signalés à la police qui a écrit des rapports – dans ce cas on parle de procès verbaux. La même année, 49 personnes ont été citées devant les tribunaux luxembourgeois pour l’une des infractions suivantes : attentat à la pudeur, viol, cybercriminalité, proposition indécente. Vingt d’entre elles ont été condamnées. L’avocat affirme que ces chiffres ne représentent malheureusement que la partie visible de l’iceberg. Par ailleurs un accusé est acquitté si les preuves ne sont pas suffisantes. Voilà pourquoi l’avocat conseille à toute victime d’un délit sexuel de le signaler immédiatement à la police. De cette façon, des traces de l’ADN du malfaiteur peuvent être recueillies avant qu’elles ne disparaissent.
Souvent, hélas, les victimes sont trop traumatisées pour porter plainte. C’est le cas d’une fille que nous allons appeler Amy afin de garder son anonymat. Elle avait douze ans lorsqu’elle a été victime d’une agression sexuelle. Elle a eu le courage de nous raconter son vécu.

Interview avec une victime d’un pédophile

 

Un train entrant dans la gare de Diekirch alors qu’il fait nuit / Amy va-t-elle jamais remonter dans un train sans penser à ce qui lui est arrivé ?

Qu’est-ce qui s’est passé ?
 Amy explique : J’étais seule dans un train vers 18 heures, il y avait très peu de monde dans le train. J’étais assise près de la fenêtre. Il y avait une autre personne dans le wagon. Tout à coup un homme de taille imposante est venu s’asseoir à côté de moi et au fil du temps, il s’est rapproché de plus en plus et m’a poussé contre la fenêtre. Au bout d’un moment, il s’est mis sur moi, j’étais dans une position très désagréable, c’était horrible. Il m’a embrassé puis s’est arrêté. Ensuite il a commencé à basculer son bassin contre ma partie intime. Il me tenait par la mâchoire avec une de ses mains et l’autre était dans mon dos. Son pantalon a glissé en dessous de ses cuisses. Après plusieurs minutes qui me semblaient interminables, il s’est arrêté et il a remis son pantalon en vitesse et il est parti au plus vite.
Comment t’es-tu sentie ?
 Quand l’homme a pris place à côté de moi, j’étais irritée et je ne comprenais pas pourquoi il était venu s’asseoir là, alors que toutes les autres places étaient libres. J’ai essayé de lui montrer que sa présence me gênait. Je stressais de plus en plus, parce que je sentais qu’il était dangereux. J’ai essayé de rester calme. Que pouvais-je faire pour qu’il comprenne qu’il devait me laisser tranquille ? Quand il s’est mis sur moi, j’ai voulu crier – mais je n’ai pas pu, tellement j’avais peur. J’étais pétrifiée, et vu qu’il était bien plus lourd que moi, je ne pouvais rien faire, au risque de me faire plus mal. Je voulais crier, mais il n’y avait personne qui aurait pu me venir en aide. J’avais l’impression que ces 10 à 15 minutes ont duré une éternité. Quand il s’est finalement levé pour sortir du train, j’ai pleuré. De soulagement ou de peur, je ne pourrais le dire. Je me suis sentie coupable, donc j’ai longtemps gardé le silence. Je n’ai jamais osé en parler à personne.
Comment le vis-tu aujourd’hui ?
 Dans ma tête, je me dis que cette histoire n’est pas taboue, mais je me sens très mal à l’aise, quand je dois en parler. La première fois que j’en ai parlé, j’ai vomi, tellement j’étais stressée. Les personnes qui sont au courant m’ont beaucoup aidée. Aujourd’hui j’en garde comme une cicatrice, je n’ose pas sourire, par peur que les gens l’interprètent mal, je suis très distante envers les adultes. Je sais que cela va passer, mais cela prendra du temps.

 

Comment aider les victimes ?

Amy, tout comme les petites filles dont a abusé l’instituteur inculpé de Bissen ont besoin d’aide pour arriver à se reconstruire. Nous avons demandé l’avis du Dr Xavier Hardy, psychiatre à Bruxelles. C’est un cousin éloigné d’une élève de notre classe. Elle avait rendez-vous avec lui chez son grand-père. Elle nous a raconté qu’il a un visage rond, une longue barbe et des yeux foncés perçants mais rassurants. Elle lui a posé les questions que nous avions préparées d’avance. Voici ce que le psychiatre a dit : « Lorsque l’abus est identifié, il faut à tout prix reconnaître le cas anormal, intrusif et criminel de l’acte. Il ne faut surtout pas culpabiliser l’enfant, mais le soutenir. La famille doit être présente, reconnaître le statut de victime de l’enfant abusé et lui montrer que la sécurité existe toujours. »
Tout comme l’avocat, le psychiatre conseille d’inciter la victime à porter plainte contre son agresseur. Il a précisé qu’elle a jusqu’à l’âge de 38 ans pour porter plainte contre des faits d’abus sexuels remontant jusqu’à l’enfance.
Par ailleurs, M. Hardy a conseillé d’encourager les victimes à consulter un thérapeute – psychologue ou psychiatre. En effet, 80% des victimes prises en charge par un thérapeute connaîtraient après quelques mois une amélioration des symptômes tels cauchemars, crises de panique ou dépressions. Heureusement, les neurones qui contrôlent les peurs sont capables de se « réparer » avec le temps. Pour conclure, M. Hardy affirme que si les victimes sont bien prises en charge, « on retrouvera des individus adultes qui évolueront positivement et qui pourront fonctionner normalement en société. »

 

Prévenir les actes de pédophilie

Il serait bien sûr préférable qu’un pédophile ne passe jamais à l’acte. Dans ce contexte, le psychiatre recommande d’informer et de sensibiliser les enfants afin qu’ils apprennent « à différencier ce qui est de l’ordre des relations normales ou incestueuses. »
Où et comment peut-on informer et sensibiliser les enfants ? Au sein de leur famille, bien sûr, mais aussi à l’école. Il faut briser le tabou autour de la pédophilie. Nous l’avons fait en écrivant cet article.

 

Commentaire

Nous sommes d’avis qu’on doit imposer une thérapie aux pédophiles. Ceux qui ont été en conflit avec la loi la suivraient en prison ou dans un hôpital psychiatrique. Un psychologue spécialisé viendrait les voir régulièrement pour parler avec eux de leurs problèmes. L’accompagnement devrait être quotidien. Il faut que les gens qui ont commis un délit sexuel envers des enfants se rendent compte de leur faute !
Dans le meilleur des cas, le pédophile sortirait « guéri » de sa thérapie suivie en prison ou dans un hôpital psychiatrique et il ne toucherait plus jamais à un enfant. Mais pour en être certain, il faudrait continuer à le surveiller grâce à un bracelet électronique qu’il serait obligé de porter. Il faut éviter à tout prix une récidive !
Dans des cas très graves, nous sommes d’avis qu’on devrait imposer au délinquant une castration chimique. L’homme ou la femme seraient alors obligés de prendre un médicament pour freiner ou supprimer leur libido.
Les pédophiles qui n’ont pas encore été en conflit avec la loi devraient également avoir la possibilité de suivre une thérapie qui serait préventive.
Même si la pédophilie est une maladie, cela n’excuse en aucun cas de faire subir à un enfant innocent des violences sexuelles, de le faire penser chaque jour à ce qui s’est passé ou ce qui pourrait lui arriver encore. Le pédophile qui est passé à l’acte ébranle la confiance que l’enfant a en l’adulte. Il installe un sentiment de méfiance et de peur constante chez l’enfant – c’est un sentiment affreux et une torture mentale quotidienne.