Peau neuve pour l’Africa Museum / Tervuren new look: louanges et critiques, autre approche

Roger Pierre Turine / Musée du Congo reconverti en Africa Museum pour des mobiles divergents, complexes, pas toujours réjouissants, le musée le mieux fourni en pièces de l’Afrique centrale s’est, d’institution coloniale, mué en musée plus ouvert, plus critique vis-à-vis d’une époque décriée avec raison.

Fallait-il pour autant confier une part de son nouveau visage à des Congolais avides de revanche et, parallèle alors curieux, préserver une part de ce qui fit son succès, son côté exotique, ses charmes désuets? L’entre-deux, le ni tout rouge ni tout noir établi en force de loi dans une Belgique divisée par la complexité de ses cultures, a tranché… dans un double sens qui laisse sur leur faim les partisans d’un statu quo et ceux qui auraient voulu faire table rase.

Toma Muteba Luntumbue, artiste congolais de Belgique, se réclame d’un art conceptuel pur et dur. Il rejette le parti pris ayant présidé aux rénovations et agrandissements. A l’opposé, de farouches partisans d’une Belgique salvatrice – oublieux des véritables crimes commis en son nom – rejettent, à leur tour, le tour pris par l’Africa Museum. Et les «entre deux», part non négligeable, les plus à même de faire vivre le musée par leurs visites et soutiens, se disent déçus de rénovations qui les privent de ces dioramas si réjouissants pour les enfants, de son allure rétro aux charmes infinis aujourd’hui déclassés.

Accuser le roi Léopold II de tous maux et crimes contre l’humanité, n’est-ce pas oublier qu’il vécut à une époque sans aucun souci des populations jugées inférieures. L’horreur à nos yeux d’un XXIe siècle faussement plus humaniste! N’oublions pas qu’Anglais, Français, Allemands, si prompts à condamner le roi des Belges, ont fait pire partout où ils sont passés, jusqu’en des temps pas si lointains. On ne refait pas un monde d’hier à l’aune de celui d’aujourd’hui. Qui oserait dire que le «retour à l’ordre» qui stigmatise, de nos jours, tout propos, tout acte, toute appréciation quelque peu libertaire, est ce juste milieu, égalitaire, que tout un chacun réclame pourvu qu’il soit du bon côté de la gouvernance? L’écart entre nantis et pauvres n’est-il pas une autre sorte de colonialisme, admis par tant de fous qui nous gouvernent?

Restons-en là pour constater, admettre, que le nouvel Africa Museum doit faire ses preuves, convaincre les uns, les autres, d’une réalité qui s’imposait. Revu et corrigé jusqu’en son entrée, toute nouvelle, long couloir blanc en lequel trône, solitaire et glacée, peu à sa place, la superbe pirogue de beau bois d’iroko qui transporta le roi Baudouin au temps où le Congo le surnommait «Bwana Kitoko», le musée a rangé au placard quelques statues refusées par une diaspora qui ne veut plus qu’on évoque les magies de ses sorciers, qui ne veut plus de Léopold II pour emblème, etc. Mais, par ailleurs, dans sa belle rotonde à l’ancienne, ont été préservées, car dites intransportables, des statues témoins, dorées sur tranche, de «l’œuvre civilisatrice belge au Congo» (sic). En contrepoint, contrepoids, on a placé une tête monumentale d’un Africain fier d’être ce qu’il est. Due à l’excellent Aimé Mpane, cette œuvre sollicite nos réflexions sur ce qui fut, est et sera.

Pour le reste, on a rafraîchi les anciens espaces, les anciennes peintures des salles, gardé nombre des vitrines, les espaces forestiers, géologiques, animaliers. Un regret de taille, les objets des cultes d’une Afrique aux arts admirables y sont encore moins visibles qu’avant, réduits de moitié, 200 sur un patrimoine de 200.000! Quant au problème de la restitution de nombre d’entre eux à un Congo toujours mal armé pour les recevoir, il est sur la table. Pour longtemps. Le brûlot lancé par le président Macron active l’avidité des peuples. Pas sûr qu’il soit entendu!