Paroles de philosophe / DE l’ecole

Depuis des années, et un peu partout dans le monde, ce sont les mêmes qui prennent la parole pour prétendre guérir les maux de l’éducation.

Que ce soit du côté des tenants d’une enquête comme PISA ou de ceux qu’on appelle les «pédagogistes», c’est presque toujours le même refrain des méthodes obsolètes et des pauvres élèves qui s’ennuient à l’école. Au Luxembourg, ce n’est pas différent; on n’a qu’à écouter ce qui se dit du côté du SCRIPT, d’uni.lu ou de l’IFEN.

Je dois avouer qu’il y a une bonne vingtaine d’années, je m’étais également laissé prendre au piège des compétences et autres éléments de langage prétendument doctes.

Heureusement que mon retour sur le terrain m’a permis de remettre les pieds sur terre, sans pour autant chanter les louanges d’un passé parfait. L’école doit évidemment évoluer; cela doit se faire cependant sur la base de certains constats élémentaires.

Dans ce contexte, il me semble important de citer l’un des plus brillants philosophes français contemporains, André Comte-Sponville, quand il parle de l’éducation dans un entretien accordé à Marianne: «Il y a une crise de l’école tellement grave qu’on comprend que le pédagogisme, tendance à privilégier les méthodes pédagogiques plutôt que le contenu des savoirs, soit remis en cause. […] Quand on voit les résultats, on se dit qu’il est bon de revenir à un peu de pragmatisme. […] Il y a forcément des moments où, à l’école, l’élève va s’ennuyer et devra faire des efforts. Il n’aime pas les maths, il faut en faire; il n’aime pas l’anglais, il lui faudra l’apprendre. […] Il n’est pas question de remplacer l’effort par le plaisir, mais d’aider les enfants à prendre plaisir à l’effort. Cela suppose de l’autorité, de la discipline, du travail. Et qu’on s’arrête de penser que dès qu’un élève s’ennuie, c’est le prof qui est mauvais.»

Voilà, tout est dit; mais il fallait le dire en plongeant dans un vocabulaire qui doit se faire dresser les cheveux sur la tête de nombreux tenants de la bien-pensance moderniste. Je me permets de reprendre quelques termes et d’en souligner le caractère essentiel pour définir les valeurs d’une école réellement moderne: «savoirs», «pragmatisme», «s’ennuyer», «effort», «autorité», «discipline», «travail».

Je doute fort que ces termes apparaissent dans les discours des décideurs du domaine éducatif luxembourgeois. La tendance évidente est à l’édulcoration. Un exemple: l’apprentissage des langues pose problème: on introduit des niveaux de langue différenciés, tout en sachant qu’un maniement maladroit du français (partiellement aussi de l’allemand) ne constitue pas une garantie à l’emploi pour de très nombreux métiers.

Je m’interroge aussi sur une quelconque réflexion concernant «le contenu des savoirs». Les seuls qui semblent s’en préoccuper, ce sont les patrons. Hélas, à leurs yeux, les seuls savoirs essentiels sont des savoirs mobilisables au travail.

La politique, de son côté, se doit de réfléchir à ces savoirs pour les définir bien au-delà de leur aspect utilitariste, mais bien comme éléments constitutifs d’un homme libre et critique du XXIe siècle.

André Wengler